Daily

Je posais la question il y a deux semaines : Chris Anderson, le patron de Wired et auteur visionnaire de “The Long Tail”, s’apprêtait à publier un édito consacrant “La Mort du Web”.

Finalement, Wired a bien publié son “avis de décès”. Dans un article à quatre mains appuyé par un graphique qui semble tout dire. Il montre la part déclinante du web dans l’ensemble des activités Internet :

Un graphique impressionnant, aussitôt relativisé par “Boing Boing”. Après avoir replacé les chiffres dans le bon sens, c’est à dire en tenant de compte de l’évolution du trafic, le célèbre blog nous propose le graphique suivant :

Ce qui veut dire la même chose, à une différence près : le web n’est pas déclinant. Il augmente moins vite que le reste. Et encore, ajoute Boing Boing, le reste (vidéo streaming, file sharing…) est “souvent inclus dans le web également”.

Et Techcrunch de préciser que les vidéos de Youtube n’ont pas été incluses dans la partie web, mais mêlées aux vidéos avec les communications Skype. Ce qui prête effectivement à confusion, même si l’on peut imaginer que les vidéos YouTube seront de plus en plus visionnées sur mobile.

Au delà de la polémique des chiffres, si Chris Anderson veut sonner la mort du web, c’est pour mieux parler d’Internet: “Web is dead, long life to the Internet”, c’est le titre de sa tribune.  Si le Web est mort, l’Internet est bien vivant.

C’est une mort symbolique qu’il prône, dans une vision tribale. Comparant le web à une adolescence utopiste, il veut voir émerger un monde mature où la clef est la communication entre les interfaces (vive le XML) et/ou les machines, où l’écran vient à l’utilisateur (vive le mobile..) et où la technologie s’efface devant le contenu et la qualité du service (vive Apple!).

Un monde où l’on passe de l’univers ouvert mais fragile économiquement à un univers fermé où les modèles économiques sont plus solides : celui des applications mobiles notamment.

“A chaque fois que vous utilisez une application au lieu d’aller sur le web, vous votez avec votre doigt”, sentence-t-il.

Un changement qu’il illustre avec le tableau suivant :

Et l’auteur de “Free” de prôner le “freemium”, ce en quoi il n’a pas tort. Et la souscription face à la syndication RSS. Dans la foulée, il “tue” la publicité déclinante, noyée par le User Generated Content. Sur ce point, il avance un peu vite. La publicité souffre parce qu’elle est mal déployée sur le Net. Elle devrait relever de la relation du consommateur à la marque, et pas du simple affichage. Et s’il l’UGC chaotique “noie” la qualité, il suffit de trier pour lui redonner de la valeur. Bref. Il y a encore du boulot pour les créatifs.

Cependant, l’évolution va effectivement dans le sens d’un Internet connecté, et repackagé en permanence, plus que vers l’open web que nous connaissons. C’est un peu Apple contre Google, même si Google avance à vitesse grand V sur le mobile (et aussi sur l’Internet fermé…)… Mais attention aux décisions hâtives, car le Net évolue vite.

Il faut s’équiper pour s’adapter, pas pour changer de support !

Je ne prônais pas autre chose il y a 15 jours, anticipant l’argumentaire d’Anderson : “Le web est mort, peu importe”:

“La question n’est finalement pas de savoir s’il faut investir dans une application ou dans un site web. Mais d’être capable d’organiser un média en un flux organisé qui accompagne l’utilisateur partout où il se trouve. Et sans rupture.

“C’est le principal enjeu de ces prochaines années. L’avenir est aux médias capables de structurer leurs données, mais aussi l’interactivité entre les utilisateurs et leurs données. Aux médias capable de faire vivre leurs données sur les différents espaces de navigation (mobile, application mobile, les navigateurs des tablettes, des ordinateurs, mais aussi sur Facebook…). C’est à dire faire interagir données et utilisateurs sur un réseau qui sera de plus en plus indépendants de ses supports.”

(Illustration: Chris Anderson lors de la présentation de l’appli iPad de Wired – Source: iPad.org)

Tags: , , , , ,

Tous les Daily

6 commentaires

  1. Chris Anderson “oublie-t-il” les différences de taille entre texte, photo, vidéo et même appli distribuées sur internet?
    Si le graphe qu’il propose est une mesure technique des flux, nombre d’octets, alors il ne donne qu’une vue très partielle de l’usage du réseau.

    Par contre, tout à fait d’accord avec ta conclusion sur les données à faire vivre sur différents supports. L’expérience iPad est pour cela passionnante. Les fournisseurs de contenus devrait aussi s’intéresser vite aux outils FlipBoard, Reeder, InstaPaper. Il y a pour les fournisseurs de contenus des idées à reprendre et une forme de compétition / coopération avec ces outils.

  2. [...] This post was mentioned on Twitter by Benoit Raphael, ctof, tianpost, egaucher, cercleinvisible and others. cercleinvisible said: RT @benoitraphael: “Le web est mort”, c’est Chris Anderson qui le dit « La Social Newsroom http://bit.ly/cib9uu [...]

  3. L’analyse de Chris Anderson n’est-elle pas encore trop web ? Hou la, je me fais provocateur la…
    En fait, je ne peux m’empêcher de faire converger de ce que dit Adam Greenfield annonçant l’ère ubimédia , et la formulation de T O-Reilly avec l’ère du “web squared “, bref une ère de «l’internet Context friendly ».
    On serait passé d’un Internet web où le contenu est roi à un internet web 2.0 où la conversation est reine, pour s’ouvrir à l’internet IRL (dont l’internet mobile est le première étape), ce que je qualifie d’ « Internet Context friendly », c a d un internet qui tient compte du contexte sous 4 angles :
    1. capacité à adopter un mode d’interactivité (devices) adapté au contexte ( là où je suis) : continuité des écrans; “c’est l’écran qui vient à moi et non plus je viens à l’écran”
    2. capacité à délivrer un service ou du contenu contextualisé en temps réel : enjeux de l’hyperlocal, du marketing in situ et du l-commerce et LBS
    3. à délivrer un service ou du contenu à distance : le web classique , social et temps réel ( 1.0 et 2.0) accessible de partout en connexion continue
    4. et tout celà de manière hyperpersonalisée.

  4. Très chouette article.
    J’apprécie particulièrement le passage : “La publicité souffre parce qu’elle est mal déployée sur le Net. Elle devrait relever de la relation du consommateur à la marque, et pas du simple affichage.”
    La réalité publicitaire est plus complexe que ça, il s’agit plutôt d’un changement de pratiques en profondeur pour une industrie qui ne s’était pas remise en cause depuis des décennies.
    Mais les conséquences sont effectivement celles-là.
    Bravo pour l’article en tout cas.

  5. Très bon article clair et lucide !

    S’agissant du fameux UGC, il faut certes du tri – c’est l’objet du récent Youtube Charts- mais il faut aussi redescendre sur Terre. Produire un contenu de qualité sur la durée requiert une expertise, un investissement temps, une énergie considérables. Combien de users ont tout celà à la fois ? Ils sont peu nombreux comme sont peu nombreux les blogueurs ayant une réelle audience. Et d’ailleurs quand on creuse ces derniers sont bien souvent des professionnels dont le blog n’est qu’une vitrine, et donc un outil pro.

    L’UGC est aussi du User Generated Copy si l’on regarde ce qui s’échange réeellement sur les plateformes (repompages emissions tv, pubs, concerts…), tout comme Twitter et les blogs ne font très majoritairement que dupliquer ou au mieux commenter l’info.

    Journalistes, producteurs, auteurs seront toujours indispensables car la philanthropie ou le narcissisme a ses limites. Et qu’à refuser de payer ces gens là, le contenu va se retrouver sous cloche, derrière des abonnements encore plus élevés réservés aux plus riches.

    Mais c’est un autre débat…

    A très bientôt

    Cyceron

  6. [...] L’iPadisation du web, plutôt qu’une “mort du web” au profit des applications, dans un univers mobile/tablettes/tv de plus en plus ouvert, où de nombreuses [...]