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François Blum a une “jolie histoire”, comme il dit. Celle d’un “papillon du web”, ajoute-t-il. Celle d’un incubateur de projets et importateur de succès :
Communication avec Ogilwy, dont il accompagne l’installation en Europe au tout début d’Internet en 1996. Mesure d’audience web avec Netratings, avant la fusion avec Mediamétrie. Passion pour l’univers de la fusion-acquisition, justement, qui l’amène à la “vieille” presse papier cette fois, chez Spir, au moment où le groupe de presse gratuites’apprête à racheter Caradisiac.
Mais sa plus belle histoire, c’est d’avoir lancé en France le site qui, en quelques mois, est devenu plus fort que le géant eBay. Et d’en avoir fait la victoire d’un groupe de presse papier.
A l’heure où les journaux locaux US accusent encore le coup de l’ouragan Craiglist, le site de petites annonces gratuites dont on dit qu’il a “ruiné” la presse locale, la belle histoire du Bon Coin devrait en inspirer plus d’un.
Leboncoin.fr, c’est un chiffre d’affaires qui double chaque année. C’est un service gratuit, mais qui sait faire payer sans casser son image de site gratuit. C’est un pure player, organisé comme une start-up. Et c’est aussi une philosophie du web, avec un certain nombre de bons vieux fondamentaux qu’il n’est jamais inutile de rappeler: simplicité, qualité, focus.
L’histoire du Bon Coin commence comme toutes les success-story, dans un garage en Suède.
François Blum raconte: ”1995, un informaticien, un “gros malin”, Pier Siri, du fond de son garage construit à petit un site de petites annonces qui devient, fin des années 90, prépondérant, puis leader, puis leader écrasant sur le marché suédois. Il sera racheté par Schibsted (20 minutes).”
Deux “anomalies” feront son succès :
- Une technologie archaïque, mais solide.
- Une simplicité extrême d’utilisation, à une époque où la mode était à la complexité et à la sophistication sur le web.
“15 ans plus tard, le web a changé. Mais Blocket est resté le même !”
C’est à dire moche, simple, et de qualité.
En 15 ans, Blocket (qui signifie littéralement “bloc-notes”) a su préserver :
“- L’extrême simplicité d’utilisation
“- L’extrême qualité du service pour les internautes : qualité des contenus, de la plateforme technique, de la relation entre la marque et les internautes
“- Un business model extrêmement simple (en Suède, Blocket est construit sur un modèle payant)
“- Focus, focus, focus. : ça, rien d’autre que ça, jamais rien d’autre que ça.”
“Blocket, c’est aujourd’hui 95% du marché de la PA auto! C’est une marque très populaire qui sponsorise la Nouvelle Star suédoise.”
En 2005 Schibsted s’associe avec l’un des géants de la presse d’annonces, Spir (groupe Ouest France), pour lancer le modèle en France.
C’est François Blum qui est chargé de l’incuber.
Pour Spir, qui sentait venir la menace des pure-players, l’idée était claire: générer sa propre concurrence pour gagner des parts de marché sur le web.
“A l’époque, il y avait un vide énorme laissé sur Internet par les mastodontes du papier. On a donc décidé de remplir ce vide en allant sur le même terrain que la presse gratuite: proximité, simplicité, qualité, et le côté populaire.” D’où le nom, pas très web 2.0, mais très presse locale : “Le Bon Coin”.
La stratégie de l’époque : “Un site qui profiterait de la gratuité pour se développer, mais qui ensuite deviendrait payant comme Blocket, au bout de 3 ans.”
Mais Le Bon Coin n’est jamais devenu payant.
“Dès le lancement, les indicateurs sont excellents. Ils laissent entendre qu’au bout de 6 mois, la croissance du site en terme non pas d’audience, mais de nombre de pages vues par visite, de dépot d’annonce, de régularité de la visite, de fidélisation, montre qu’il y a quelque chose qui se crée. Comme ça, sans qu’on ait dépensé des millions de dollars. Et qui fait qu’au bout d’un an le site est très largement en avance sur son business plan. On y gagne pas un centime puisqu’on y vend rien, on ne fait pas de pub, mais le site se développe très vite.”
La petite équipe commence à monétiser Le Bon Coin à partir de juillet 2007. “On met quelques bannières. Et là les métriques d’audience explosent littéralement.
“Là, on refait tourner le Business Model et on se dit: peut être que la gratuité est bien le moteur de l’économie numérique, et qu’elle nous permettra de gagner beaucoup d’argent.”
Bien avant la sortie du livre de Chris Anderson : la gratuité comme moteur de trafic, qui permet de développer des services payants autour. “On s’est dit: la gratuité donne un tel effet de trafic, de dépot d’annonce qu’il suffirait de faire payer quelques % des internautes qui viennent déposer pour générer un chiffre d’affaires significatif et avec une rapide profitabilité.”
Le business se développe donc sur ce modèle: Le freemium est introduit. 90 et 95% des gens ne paient rien, le reste paie et permet au business de décoller, compte tenu des quantités.
“En décembre 2009: on est passé devant tout le monde.”
eBay compris, qui a dû s’aligner en sortant son propre service de petites annonces gratuites. “On a rattrapé et dépassé eBay très largement en inventaire de pages vues (4 milliards par mois !) et on dépasse tous les leaders du web installés, comme les pages jaunes.”
En parallèle la monétisation s’est dotée d’un 3e pied, puis d’un 4e pied :
1) La pub display
2) Le freemium
3) Les Google Ads
4) La commercialisation payante aux professionnels : “Un agent immobilier peut se créer son compte et paie pour passer ses annonces.”
Le site est rentable dès 2008, soit 2 ans après le lancement.
Depuis, le chiffres d’affaires a triplé. En 2009, en pleine crise, Le Bon Coin génère 18,3M€.
Les dépenses marketing ? “Extrêmement faibles.” Les dépenses se concentrent surtout sur la qualité du service. Peu d’évolution, rien que des réglages pour améliorer, petit à petit l’outil pour les utilisateurs.
François en tire trois leçons :
“- Le gratuit est bien le moteur de l’économie numérique”
- Les règles du fondateur de Blocket (simplicité, qualité) étaient justes mais il ne faut pas s’en écarter. Il n’y a pas un site qui arrive à être aussi simple que le boncoin, ni à l’égaler en qualité. Il y a des filtres automatiques, mais dès qu’il y a la moindre ambiguité l’annonce est relue manuellement.”
- On a eu plein d’idées absolument formidables: diversification, nouvelles sections, nouvelles sources de revenus: on a toujours tout remis dans la boîte et on s’est toujours dit: restons focus sur ce qui a fait le succès du site depuis le début
Simplicité, qualité, focus, donc. “Plus ce petit truc magique, ce petit je ne sais quoi qui a fait que sans faire de communication, sans créer de communauté, sans créer de newsletter, sans demander une adresse email, on a créé la communauté la plus forte, la plus robuste et la plus fidèle qui soit. Et aujourd’hui je crois que le Boncoin est devenu à sa manière un service public. A l’inverse d’eBay, on n’a jamais rien fait d’autre que de laisser les gens se l’approprier.”
Le Bon Coin n’a-t-il pas contribué à la destruction de valeur pour la presse d’annonces ? “Oui, mais il vaut mieux générer sa propre concurrence que la subir. Et je pense que nos concurrents, comme Comareg, qui n’ont pas le Bon Coin, sont dans une situation plus difficile que la nôtre. Certes, le Bon Coin génère moins de CA que le papier n’en générait, mais le potentiel de résultat est au moins égal à ce qu’était le papier à l’époque.”
Une source d’inspiration pour les médias ?
“Plutôt que de se contenter de vendre la pub sur son site, mieux vaut multiplier les interactions avec l’audience et les occasions de transactions (biens et services) avec cette audience. Une marque peut être un magasin en même temps qu’un média.”
“Un autre modèle, moins évident à mettre en place pour un média, c’est le B to B. Pages Jaunes, qui est sur un modèle local et fait environ 600M€ sur le web doit faire, je pense, plus de 90% de son chiffre d’affaires non pas sur la pub mais par sur la vente aux professionnels (visibilité, services…).
“La pub peut être accessoire.”
Tags: business model, François Blum, Le Bon Coin, petites annonces, presse gratuite, presse locale
[...] est l’un des succès les plus fulgurants du Web français ces trois dernières années. Entretien avec son fondateur chez Benoit [...]
Une belle réussite en effet.
Alors la… j’etais persuade que le bon coin etait une creation 100% francaise… Le succes rapide et merite inspire… tout est encore possible.
Finalement, leboncoin n’a fait fait que mettre en oeuvre que des règles édictées depuis des années par les américains et mis en oeuvre par eux.
Oui, la gratuité est le maître mot dans le web, mais il semblerait qu’en France, cette notion ait du mal à rentrer dans les moeurs des investisseurs et des grands groupes qui veulent trop souvent de la rentabilité immédiate.
Bravo au Boncoin ! Coin coin !
Bel article relatant la success story du Bon Coin
Mais il me manque toujours une réponse pour bien comprendre la montée en flèche de la bébète :
Comment LeBonCoin a attiré ses premiers utilisateurs ? Comment les premières personnes ont eu l’envie de poster leurs annonces sur LeBonCoin alors qu’il n’y avait pas encore un seul chat sur le site ?
Campagne presse via le réseau Spir, SEM, … ?
On parle tout de même de plus de 7 millions d’euros d’investissement sur les deux premières années, avec la même logique que craigslist, un investissement massif dans une région (le nord) puis un effet bouche à oreille…
Ce que n’ont pas réussi à faire vivastreet ou encore kijiji…
Merci pour cette belle itw sur le succès de notre site
Bertimus, bonne question en effet! J’ai des infos assez contradictoires!
Leboncoin aurait investi de 5 à 7 millions d’euros en publicité (display pour la quasi-totalité) pour se faire connaitre lors des 2 premières années.
En tout cas, le site avait un budget de lancement/fonctionnement de près de 3millions d’euros en 2006.
Leboncoin dit pourtant ne pas avoir communiqué hormis quelques rares campagnes adwords…
En 2007, l’expression “le bon coin” a connu la plus forte progression de volume de recherche sur Google, devant Youtube, Facebook ou eBay…
Leboncoin explique que la croissance de leur trafic vient de la qualité de leur site uniquement. Il y a facteur de buzz certes, mais je ne crois pas trop que cela puisse suffire à générer une telle croissance… Surtout que les concurrents en ligne sur le modèle des petites annonces gratuites ne manquaient déjà pas à l’époque. Peut être que F.Blum pourra nous éclairer ?
La joint-venture avec Spir qui possède Top annonces a permis au site de se lancer avec 20 000 petites annonces, permettant de résoudre partiellement le problème de la poule et de l’oeuf de toute place de marché.
Enfin des partenariats, notamment avec 20minutes.fr ont permis de générer de la visibilité supplémentaire.
Pour l’anecdote, leboncoin.fr a failli s’appeler chezgeorgette.fr..
Si vous avez d’autres infos, je suis preneur.
Je viens juste de commander un produit de marque sur LBC.
Ce qui me plaît, c’est le contact direct avec les vendeurs.
J’y fais un tour régulièrement.
Interface web pourrie… mais tout y est dans la simplicité.
J’aime l’option “annonce urgente uniquement” : le prix affiché par les vendeurs est souvent assez élevé et ça m’amuse (ex : des chaussures PUMA à vendre “en urgence” à 80€ alors que les neuves valent 95€ en boutique).
Excellent article pour comprendre d’où vient et comment fonctionne leboncoin.
Je voudrais juste revenir sur le chiffres avancé de 600M pour les Pages Jaunes.
D’après ce que je sais de sources internes, c’est plutôt le milliard d’euros.
Bonjour,
Trés belle analyse de l histoire Leboncoin,
Je suis juste un peu décus, que les dessous de la machine ne soit pas salué dans cet article.
Besedo est le outsourcer de ces classifieds et a aussi pleinement participer au succès de Blocket et de ses autres frères et sœurs.. incluant Leboncoin dont j´ai personnellement vu grandir.
Je voulais juste signaler ce point, merci et bonne journée.
Cyrille Pillon
Planning Manager
Besedo – solutions for online confidence
Mobile: +46 735 329 892
E-mail: cyrille.pillon@besedo.com
Address: Odengatan 106, SE-113 22 Stockholm, Sweden
http://www.besedo.com
Le groupe Schibsted va faire l’acquisition des actions détenues par Spir Communication dans leboncoin.fr. Spir Communication va reprendre les actions détenues par Schibsted dans la société Car & Boat Media. Cette société gère des sites internet d’annonces automobiles (lacentrale.fr, caradisiac.fr).
La valeur retenue pour leboncoin.fr est de 400 millions d’euros pour 100% des actions. Cela représente 18 fois l’EBITDA estimé pour 2010. La valeur retenue pour Car & Boat Media est de 120 millions d’euros pour 100% des actions. Cela représente 9 fois l’EBITDA estimé pour 2010.
Les deux sociétés vont poursuivre leur partenariat dans le domaine des annonces immobilières et dans 20 Minutes France.
Cette opération permet à Spir Communication d’améliorer son bilan et de réduire son endettement.
Très bon article, bravo.
Un éclairage intéressant sur un gros succès ; c’est amusant de voir, aussi, que la plupart des gens pensent que le site est franco-français. Le fait qu’il soit moche joue vraiment en sa faveur.
[...] Le Bon Coin, je l’avais souligné le 31 août sur ce blog, est la grande réussite sur Interne…. 18,3 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an passé, soit le triple de 2008, en pleine crise, tandis que la presse gratuite d’annonces perdait des millions chaque mois. [...]
Les arnaques y sont nombreuses .. pourquoi ? C’est très simple … parce que les annonces sont séparées les unes des autres, et non regroupées aux sein d’un même compte utilisateur ! N’importe qui peut y éditer n’importe quoi .. De plus, ce site n’est pas pratique .. Le problème est que l’on n’a pas de compte personnel pour gérer ces propres annonces, les modifier, et surtout, pas de système d’alerte émail .. il faut donc consulter le site tout les jours !! De plus, il donne l’impression que les annonces pleuvent, en fait, ils obligent les personnes à réactualiser leur anciennes annonces .. et donc, ça tourne en boucle .. la galère à gérer !! Moi, je préfère les services que présente Troctout.com ou Publivite.com … Deux sites en réseau qui partages les mêmes données .. Là, on a un compte perso et tenez vous bien … on peut transformer son compte annonces en Eboutique gratuite ! … y présenter ses articles à la vente directe et recevoir ses paiements via Paypal … ils ne prennent aucune commission .. Il y a un chat de négociation, des alertes email paramétrables … http://www.publivite.com ou http://www.troctout.com … Pour les pro .. c’est toujours gratuit , en plus, ils sont en statu « Vérified » lorsqu’ils sont inscrit au registre du commerce .. et c’est en plusieurs langues … Rien a voir avec ce site préhistorique qui ne doit sa popularité qu’a la puissance du groupe de presse qui le procède .. au fric !
Super rapport et de bons commentaires. Félicitations à l’équipe leboncoin. En Allemagne, on l’essaie de cette façon.
le travail derrière cette mise en place est inouie
[...] a laissé s’échapper pour combler le déficit du papier. J’ai raconté son épopée ici avec l’ami François Blum. Dans le Figaro, Olivier Aizac, directeur délégué du site de petites annonces qui a détrôné [...]
très bonne success story!
[...] Rappel d’info sur un site que tout le monde connais « le bon coin » http://benoitraphael.com/2010/08/31/francois-blum-les-bonnes-lecons-du-bon-coin/ [...]
[...] cite un article sur le blog de Benoit Raphaël « Les bonnes leçons du bon coin » publié en août 20…qui rappelle les origines du succès du bon coin : L’histoire du Bon Coin commence comme toutes [...]