la vie, les internets... et trendsboard

@benoitraphael

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Nouveau site de la Charente Libre : la rédaction au rythme du digital

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Il se passe des choses passionnantes en presse quotidienne régionale ces derniers mois, surtout dans le groupe Sud Ouest, où bon nombre d'anciens du Monde.fr et du Post.fr ont rejoint Yann Chappelon, l'un des co-fondateurs du Post.fr, et actuel directeur du développement. La révolution digitale se fait par petites touches, en s'appuyant notamment sur les petites rédactions pour aller plus vite. Le projet le plus abouti et intéressant est certainement celui de La Charente Libre, qui a mis en ligne hier après-midi la nouvelle version de son site web. L'architecture a été profondément repensée pour faciliter la navigation et l'adapter aux usages : "Nous avons cherché à simplifier au maximum", rapporte Stéphane Mazzorato (ancien responsable de la communauté et du fonctionnel au Monde.fr), en supprimant la plupart des rubriques du site (il en reste 4 : actu, faits-divers, loisirs, annonces) pour lui préférer un système par tags (mots-clefs) centré autour de la commune et de l'hyperlocal. Les 405 communes de Charente ont ainsi leur page avec leur fil d'info classées de façon ante-chronologique, avec toute l'actu hyperlocale, fraiche, qui fait la force de la PQR. Mais la principale révolution est dans les process éditoriaux. On n'est pas vraiment dans la fusion des rédactions (terme que je n'aime pas beaucoup par ailleurs) que dans la conversation et le mix des rédactions. Premier atout : une petite équipe, plus facile à mobiliser. Une quarantaine de journalistes au siège, plus ceux répartis dans les agences, et un desk numérique de 4 journalistes, soutenus par une centaine de correspondants locaux de presse (amateurs) dont 20 ont accepté de créer un blog sur la commune. Il y a toujours des journalistes "papier", mais les frontières sont presque effacées, ces derniers étant fortement mobilisés pour faire vivre l'info dans une optique digitale. Les journalistes de terrain sont équipés d'iPhone et de caméras "Flip". "Dès que les principaux éléments factuels sont réunis, l'info est publiée d'abord sur le web", explique Stéphane Mazzorato. Le journaliste envoie un texte très court par mail depuis son iphone : "L'objet du mail devient le titre, le corps devient le texte de l'article, et la photo en pièce jointe s'ajoute directement dans le back-office web". L'article est ensuite édité par le desk numérique et publié sur le web. L'info peut ensuite être mise à jour au fil de la journée, ce qui est fait pour les événements importants. "Par exemple, nous avons eu un braquage récemment à Angoulême avec une prise d'otage. Le journaliste était sur place, il a envoyé un article avec son téléphone au desk, qui l'a mis en ligne à 7h. En milieu de matinée, un texte de 3 ou 4 paragraphes est venu compléter l'info et raconter toute l'histoire. Le lendemain, un article complet était publié dans le journal papier. Cet article est ensuite importé automatiquement sur le web avec les bons tags". Ici nous avons donc un journaliste sur le terrain qui envoie ses contenus à un desk numérique qui édite ses posts, puis à un secrétariat de rédaction qui édite son article pour l'édition papier. Le journaliste n'a pas accès au back-office web. Mais l'important ici n'est pas tant de le faire écrire pour le web que de lui faire faire du journalisme à un ryhtme digital. Aux éditeurs web et print ensuite de mettre en scène sur leurs supports. Et les journalistes semblent très concernés par l'idée de faire vivre leurs infos sur le digital : ce sont les journalistes de terrain qui ont trouvé les blogueurs pour enrichir le site de "blogs invités" et qui coachent les auteurs. Autre révolution : le rôle des correspondants. Sur la centaine de correspondants locaux (qui sont, je le rappelle, des amateurs payés par le média), 20 ont accepté de créer un blog sur leur commune. Le correspondant envoie son article simultanément pour le print et pour le web. Mais dans la version web, il peut ajouter plus de photos (et, potentiellement, des vidéos). Evidemment, ça marche très bien, on est en plein dans la locale miroir : "Nous gagnons une nouvelle audience notamment, avec les jeunes qui adorent se voir en photo!". Les correspondants ne sont pas plus payés s'ils créent leur blog, la motivation est ailleurs : "Ils gagnent plus de visibilité et de notoriété, et plus de retours de la part des habitants". Mais l'idée sera de pratiquer demain du revenue-sharing sur la publicité locale affichée sur le blog. La Charente Libre espère monter le nombre de correspondants-blogueurs à 50-60 en 2011. L'idée vient de Midi Libre, un autre titre du groupe, qui a lancé ses blogs de correspondants il y a 2 ans. "Et ça fait un carton: 250 blogs pour 800 CLP. Ces blogs font 14% de l'audience générale du site!" Enfin, last but not least : les journalistes web alimentent les pages locales avec des contenus piochés partout sur le réseau : les blogs, mais surtout les pages Facebook, qui est devenu le vrai média grand public. "Je trouve encore des pages facebook de clubs de petits villages, qui sont alimentées tous les jours". Les clubs sportifs, justement, ont tous la possibilité d'avoir une page qui leur est réservée sur le site. "Elle se présente sous forme de flux d'infos, comme un blog avec une page de présentation, mais aussi un outil pour créer un trombinoscope des équipes." Lorsque le club a une page Facebook, les éditeurs incitent les clubs à mettre leurs infos sur leur page de club (même si l'idéal serait de fusionner les deux). Le site a été développé en un temps record : 3 mois.  Des version iPhone, iPad et Android suivront. La Charente Libre vend 38.000 exemplaires chaque jour dont 65% par abonnement, et compte une audience de 130.000 lecteurs soit un tiers de la population locale du département (349 535 habitants), et de 50.000 visiteurs uniques par semaine (1/7 de la population). Un exemple à suivre, même s'il y a encore pas mal de chemin à parcourir (une meilleure intégration des blogs dans le flux d'actu, plus jouer sur les bases de données, mieux mettre en avant la personnalisation, élargir la participation en s'appuyant sur Facebook etc). Et dont je tire deux leçons : 1) Les responsables digitaux doivent être plus que des coachs dans le média, ils doivent faire partie des dirigeants. Sinon, rien ne se fait. 2) Les rédactions doivent être petites. D'où l'intérêt d'avancer par petits projets.
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Carton Rouge 27/06/2012

Ce qui est donc lamentable, encore et toujours, c'est la condescendance de la presse dite pro ou "à carte de presse" pour les correspondants locaux, "amateurs payés par le media".
Qui en plus font 14% de l'audience générale du site chez Midi Libre !
LA-MEN-TA-BLE.
L'hyperlocal a de beaux jours devant lui... Tu m'étonnes, avec un modèle social pareil. Quand tous les encartés seront à la retraite, ça coûtera encore moins cher de faire un journal ?
Bravo la Charente Libre. Sud Ouest n'est pas mieux.
Comment oser parler de "social news room" ou de "modèle" ?
Ce n'est pas l'usage d'anglicismes un peu snobs qui cacheront cette mascarade.
Vraiment, y a des claques qui se perdent.
Un CL passablement énervé, qui en a plus que ras les blanchets de faire des courbettes aux encartés qui ont le cul derrière leur écran, la morale dans la poche et l'abattement fiscal bien niché.
Avec respect, mais fermeté.
Cordialement

Carton Rouge 27/06/2012

@Benoit Raphaël
Merci de votre réponse très explicite. Il serait effectivement temps de tout remettre sur la table. Je pense vraiment qu'il faut libérer la carte de presse devenue très poussiéreuse. J'ai aussi une pensée pour tous les photographes "amateurs" qui illustrent de plus en plus les articles des confrères sous la bonne vieille mention "DR", en passant. ;-)

Kark-Groucho Divan 27/06/2012

« Digital est un mot français qui vient de l’anglais “digital”, qui signifie “numérique”. C’est un anglicisme. »

Que dis-je d’autre ? Il signifie « numérique » en anglais amerlocain.
Puisqu’il s’agit de « numérique », pourquoi lutter contre le sens et user d’un terme inexact ?
Quel avantage ? Pour qui ?

Résiter !

Benoit Raphaël 27/06/2012

@ Carton Rouge : je comprends d'autant mieux votre réaction que j'ai moi-même été correspondant, pendant 3 ans, dans le village de Villard-de-Lans avant de passer journaliste, puis directeur adjoint de la rédaction.
Le statut de CLP est défini par la loi : il s'agit d'un travail de collecte d'infos et de rédaction qui doit impérativement être vérifié et édité par un journaliste professionnel (c'est à dire payé en salaire ou en pige). Le coût est moins important (pour vous donner un exemple, en 97 je touchais 900€ comme CLP (j'y consacrais un quasi plein temps), puis environ 1200€ pour mon premier contrat de journaliste à Grenoble. Mais les exigeances ne sont pas les mêmes : mes papiers étaient revus et édités par un pro et je n'étais pas responsable pénalement de mes écrits. Cependant, je faisais déjà un travail de journaliste. Au Dauphiné Libéré, 2% des CLP étaient dans mon cas. Un peu plus à Grenoble parce que c'était une grande ville (je dirais une dizaine sur une centaine).
La frontière est parfois floue, et il y a des abus. Mais quand un CLP est bon, il est rare qu'il ne devienne pas journaliste. J'ai cependant eu le cas d'un très bon CLP à qui j'avais donné un CDD pour le tester avant de l'embaucher. Malheureusement, sans le filet du journaliste à ses côtés, nous nous sommes rendus compte qu'il n'était pas suffisamment fiable. Pour d'autres cas, nous les avons passés en CDD puis en CDI. Et ils sont devenus d'excellents journalistes. Ce sont des cas qui restent exceptionnels. Et tant mieux. L'idée n'est pas d'opposer les journalistes à des sous-journalistes, mais de faire participer les habitants à la collecte de l'info pour améliorer la granularité de l'info et sa qualité, le CLP étant un "expert" de sa communauté (une ville, un club, une thématique). Nous avions d'ailleurs parmi nos CLP de grands universitaires que personne ne considérait comme inférieurs aux journalistes. Ils ne souhaitaient pas non plus être journalistes. Ce n'était juste pas la même activité.
De la même manière, peu de blogueurs s'estiment journalistes, la plupart s'en fichent complètement. Et leurs blogs sont parfois, souvent même, plus pertinents que ceux des journalistes. Ce sont des experts.
Ceci dit, le statut de CLP n'est pas parfait. Il a même assez mal vieilli. Il est sans doute temps de tout remettre sur la table.

david dominique 27/06/2012

ps ci vous faire un petit article ; juste pour que les locataire prene concience que c est eu qui vont payer pour ces vandales
merci beaucoup de votre aide

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