la vie, les internets... et trendsboard

@benoitraphael

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Quelques tendances médias pour 2011

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Je n'ai jamais été très bon au jeu des prévisions et, comme tout le monde, je me trompe une fois sur deux. C'est la magie d'Internet d'être complètement imprévisible. Mais si l'on oublie les inévitables "tricksters" qui viendront forcément changer la donne en 2011, comme l'a fait Flipboard en 2010, on peut s'appuyer sur un certain nombre de tendances, un certain nombre d'idées dans l'air, qui serviront d'ingrédients de base à la collection printemps-été 2011 du Net. 1) Internet everywhere : Le terrain de jeu est en train de basculer définitivement du côté du Net. Nous y avons mis nos vies avec Facebook, les diplomates aussi (au grand bonheur de Wikileaks), nous sommes en train d'y mettre nos objets. De ma voiture qui envoie des données que je peux collecter sur mon mobile ou mon ordinateur, aux chaussures connectées qui retrace mon parcours de running et l'envoie sur Facebook, en passant par mon frigo, mon appareil photo (qui est un téléphone), ma carte bleue (qui est aussi mon téléphone via la technologie NFC) et, bien entendu, ma télévision, les applications vont être partout et s'interconnecter. Les conséquences sont multiples. La première, c'est que cet espace public qu'est Internet est en train de devenir de plus en plus riche, complexe, mais surtout plus opaque. Le besoin de tri, de filtre, se fait de plus en plus sentir et ouvre la voie à l'émergence de nouveaux "médias". Après les agrégateurs qui compilaient les contenus fragmentés, les "sélecteurs" vont doivent creuser cette nouvelle matière et la mettre en scène. Deux types de filtrage en sortiront : - Le "data curating" (sélection et mise en scène des données) - Et le "social curating" (sélection et mise en scène de l'info via les réseaux sociaux). Pour le nouveau journaliste, "aller sur le terrain", ce sera de plus en plus "aller sur Internet". 2) Le téléviseur, pas la télévision ! Internet est partout, même sur le téléviseur. Et ce n'est pas une mince révolution. On a beaucoup parlé ces derniers temps de "TV everywhere", c'est à dire de la nécessité pour la télévision à être présente partout, mais aujourd'hui on parle surtout de "everybody on TV". Ou plutôt : tout le monde sur le téléviseur.  Le téléviseur, et non pas la télévision, c'est le nouveau champ de bataille du Net. Et ce qui était jusqu'ici une chasse gardée des chaînes de Tv pourrait bien devenir le terrain de jeu de tous ceux qui, de près ou de loin, sont en capacité de produire, diffuser, organiser, connecter, des contenus vidéo sur Internet. Une possibilité ne fait pas l'usage, cependant : pour conquérir le téléviseur, il va falloir simplifier les interfaces et bénéficier d'une belle force de frappe. Mais le terrain est travaillé depuis de nombreuses années. Déjà, dans les années 90, les consoles de jeu s'y sont attelées, un peu trop tôt. Elles y reviennent, avec plus de succès, notamment pour Sony et Microsoft qui proposent déjà de la télé de rattrapage (et Microsoft s'apprête à dévoiler son propre Windows TV). Aujourd'hui, Google, Apple, mais aussi les fournisseurs d'accès et les fabricants de télévision, ont également une belle carte à jouer pour faire avec le téléviseur ce qu'Apple a fait avec le mobile : installer un nouvel écran dans la toile du Net et générer de nouveaux usages. Free a ouvert la marche avec sa nouvelle box. Orange, SFR et Bouygues, qui y voient un moyen de reprendre leur contrôle sur les contenus, sont en train de suivre. On attend de voir ce que donnera Google TV. La bataille sera rude. Dores et déjà, les médias doivent penser avec le téléviseur comme nouvel écran. Il va falloir inventer de nouvelles applications, de nouveaux formats, de nouveaux service de sélection et de mise en scène des contenus. Les chaînes de télé vont devoir partager le téléviseur, même sur leurs propres programmes, et trouver de nouveaux moyen de fidéliser une audience de plus en plus fragmentée, même sur leur propre terrain. 3) HTML5, une réponse à la continuité d'Internet. Après Noël, les visites des sites web via iPad ont explosé pour certains sites (lire ici et ici). Ce qui veut dire qu'il faut désormais penser ses sites web par rapport à la lecture sur tablette. Mais aussi que l'application n'est pas forcément une voie d'avenir, même si elle a généré de nouveaux usages. Comment concilier les deux ? HTML5 est un nouveau langage qui permet de mettre de l'applicatif dans le web, sans passer forcément par des applications. Son développement pourrait avoir trois conséquences : - La création de "sites web" applicatifs accessibles sur toutes les plateformes notamment sur les tablettes, mobiles et télévisions connectées. Ce qui permettra de faire de nombreuses économies et de fluidifier son offre. - L'iPadisation du web, plutôt qu'une "mort du web" au profit des applications, dans un univers mobile/tablettes/tv de plus en plus ouvert, où de nombreuses "applications" pourraient se limiter à encapsuler un navigateur HTML5  capable d'afficher le site applicatif. - Ce qui nous amène à une évolution du web vers un web multi-écrans dont les piliers seraient l'expérience utilisateur et la mise en scène, capable de mêler le flux et le "produit fini". 4) Le rare et le beau : Internet va donc devenir un espace public, présent partout, structuré de façon globale par Facebook et, encore pour un certain temps, Google. Mais le déploiement de cet espace connecté fait naître un nouveau besoin : celui de recréer des espaces confinés et de qualité à l'intérieur du réseau. J'en tire 3 tendances : - Il ne suffit plus de trier, mais d'amener une touche de simplicité et de "ton" pour créer une écume de rareté sur l'océan du Net. C'est le parti-pris d'Instagram, l'un des gros buzz de la fin de l'année 2010 : une application iPhone qui permet à chacun de prendre des photos de leur quotidien avec leur téléphone, d'y ajouter une touche artistique en un clic, et de les partager avec une sélection de leurs amis Facebook, Tumblr, Twitter ou Foursquare... Lisez ici l'utilisation que la radio NPR fait d'Instagram. - La qualité est un critère qui, dans le web social, est une valeur montante. Le rare, le beau et la personnalisation, sont les nouvelles valeurs de 2011. Bonne nouvelle. Quora, créé par un ancien de Facebook,  est un réseau social de questions réponses de qualité, qui regroupe des experts qui partagent leurs connaissances et leurs recommandations. Le service a explosé en 2010 et devrait continuer en 2011 et ouvrir la voie à l'émergence d'autres micro-communautés. Lisez ici les réponses apportées par la communauté sur une question posée sur les Beatles. C'est aussi le cas de "Path" : une nouvelle application qui permet de partager ses photos avec un cercle restreint d'amis. - La verticalisation : grande tendance de ces derniers mois. On reproduit des modèles gagnants (Facebook, Groupon, Ventes Privées, Meetic...) et on les verticalise autour de communautés thématiques (l'automobile, le sport...), locales (une ville, une région...) ou sociales (les mamans, les séniors...) ciblées. Il faudra donc apprendre  à être à la fois "open" et "closed", ouvert et fermé :  c'est à dire à se structurer afin d'être en mesure d'adapter ses contenus aux différents usages, partout, mais aussi de créer des espaces privilégiés pour des communautés ciblées de qualité, ou se construira la valeur. 5) La "Checking generation" : Avec Foursquare et Facebook est né l'art de se situer dans ce nouvel espace public qu'est le Net. On checke sur les lieux géographiques où l'on passe. Mais on peut aussi checker sur des contenus, des médias, des émissions. On pourra aussi checker sur des marques. Checker = une façon de se situer par rapport aux autres. Je dis : je suis là, je dis aussi je suis ça. La "checking generation" apporte aussi avec elle une autre dynamique universelle : la dynamique du jeu. Ce qu'on appelle notamment le Social Gaming, grande tendance de 2010 avec Farmville (un jeu de gestion de ferme qui rassemble 80 millions d'utilisateurs via Facebook) et Foursquare : checker me permet de gagner des points, des badges ou des trophées. Les médias et les marques vont y trouver un nouvel outil d'engagement (d'interactivité, d'attachement) et de fidélisation. 7) L'Internet des lieux Après les utilisateurs connectés et les objets connectés, une nouvelle dimension s'ouvre : les lieux connectés. Avec la multiplication, grâce au mobile, des outils de géolocalisation (Foursquare, Places de Facebook et autres "Around Me"), une nouvelle géographie est en train de naître. Le problème c'est que lorsque je me géolocalise dans le restaurant Machin à New-York sur Foursquare, d'autres se géolocalisent dans le restaurant Machin sur Facebook ou un autre service. C'est le même restaurant, mais pas le même lieu sur Internet. Une fois que l'on aura fusionné tous ces lieux dans une même base de données, ou connectés toutes ces différentes identités, on sera capable de leur donner une seule identité Internet. Et l'on pourra s'y géolocaliser depuis n'importe quel service. Ce sera l'aube de l'Internet des lieux. Fascinant, non ? Et vous, quelles sont vos tendances ? (Illustration : la tv connectée Pulse de Philips)
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