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"Curation is the new search"... et le nouveau média

En France, dès que l'on prononce le mot "curation", les gens s'énervent. Il n'y a pourtant pas d'équivalent français : "Tri, filtrage", il y a dans "curation" une notion de tri mais aussi d'édition du contenu pour l'adapter à celui qui doit le recevoir. "Je trie et j'adapte" : curation. "Curation" : c'est le nouveau graal de l'information sur le web. Il y a tellement de contenus, tellement de requêtes, tellement de façons de tromper les moteurs de recherches, que le dieu algorithme de Google, qui semblait un temps avoir pris la place des médias humains, n'est plus capable de remplir sa tâche. Et si c'était le grand retour des humains ? Dans une tribune publiée sur CNN, Pete Cashmore, fondateur du site "Mashable", croit à une combinaison des deux. "Humains contre robots : pourquoi le pouvoir des humains est redevenu cool" Evidemment, avec des millions de données publiées et échangées chaque jour, de l'information personnelle, du monde, de mon secteur d'activité, de mes passions, de celle de mes amis, en passant par la dernière vidéo buzz, un humain seul ne suffit pas. Et même quand ils s'y mettent à plusieurs, le bruit est encore trop important. Ce qui explique la chute des sites de partage de liens comme Digg et Delicious. Ils organisent le "tri collectif", si j'ose dire, mais il manque deux  éléments :
  1. C'est un tri démocratique, celui du plus grand nombre. Or la démocratie est inefficace sur le réseau. Ce qui importe, c'est moi. J'ai besoin d'un tri personnalisé.
  2. Il n'y a pas de mise en scène. Avec peut-être un soupçon de hasard. J'ai besoin que l'on me propose une forme extrême de hiérarchie.
C'est le retour de la sélection face à l'agrégation. Avant, les contenus étaient éparpillés, "out of the box", hors des boîtes traditionnelles, il fallait les rassembler. Aujourd'hui il y en a trop, partout, il faut les sélectionner. Mais pas n'importe comment. Citant Paul Kedrovsky, un "venture capitalist" pour qui "curation is the new search", Pete Cashmore défend une recherche "powered by people", dont une partie du moteur serait humain. On pourrait imaginer un Google qui ferait intervenir des humains pour affiner les résultats, on pense évidemment à l'intégration des réseaux sociaux dans le search ou les médias : chaque jour, des millions d'internautes font déjà ce tri, sans qu'on leur demande, et sélectionne pour leurs "amis" ou les membres de leur communauté, les meilleurs contenus, les meilleures solutions. Ce travail spontané n'a pas de prix. C'est ce dont Paper.li, Flipboard ou encore Quora, ces social-magazines, font leur beurre. Ces nouveaux médias algorithmiques tracent clairement une nouvelle voie. Mais il manque cette touche de mise en scène volontaire, de "ton", de choix éditorial radical pour transformer ces belles machines en médias utiles. Pour aller du trop plein vers le "très peu+très pertinent". La solution idéale n'a pas encore été trouvée. Et que celui qui parviendra à brancher search, curation et ce zeste de parti-pris sera peut-être le prochain roi du monde. Pour les médias, en tout cas, le message est clair. "Curation is the new search", il est aussi "the new media". Là encore, il y a du chemin à parcourir. (Photo : Pete Cashmore, par Brian Solis. Source CNN)
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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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