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Mort de Ben Laden : pourquoi il faut fusionner les rédactions

Frédéric Filloux (Monday Note) et Felix Salmon de Reuters reviennent cette semaine sur la couverture de la mort de Ben Laden. Ils notent deux choses : 1- L'info vient de Twitter 2- La plupart des journaux n'avaient pas l'info le lendemain Voici le fil des publications : Nous sommes le 1er mai 2011. Au moment où les Américains entament leur raid sur le fief du leader d'Al Qaida, il se trouve un individu, Sohaib Athar, consultant, pour envoyer des messages sur Twitter via son téléphone portable. Il se trouve qu'il habote à côté... Il ne se rendra compte qu'après qu'il a en fait "couvert" en direct la mort d'Oussama. Symbole très fort de la puissance du mobile et de Twitter, et de comment l'explosion de l'usage des deux va continuer de bouleverser la couverture et le traitement de l'info. Notez bien : le tweet a été envoyé du fin fond du Pakistan... Le traitement journalistique ensuite : 10h24 - Keith Urban, que personne ne connaissait jusqu'ici, annonce sur Twitter la mort d'Oussama Ben Laden, quelques heures après l'intervention des Navy Seals. En fait, Keith Urban est une source fiable : il est le responsable du staff de Donald Rumsfeld, l'ancien secrétaire d'Etat à la défense. 10h25 - le Tweet de Keith Urban est re-tweeté par un journaliste du New York Times, Brian Stelter. Résultat : Bizarrement, note Felix Salmon, quand Arthur Brisbane publie chronique dans le New York Times sur comment son journal a été le premier média à annoncer la mort d'Oussama Ben Laden, il omet de citer son confrère... pour lui préférer la journaliste qui a obtenu l'info de façon plus... traditionnelle disons, c'est à dire grâce à une "source". Il écrit donc : à 10h34, une source prévient Ms Cooper de la mort de Ben Laden. L'info est sur le site à 10h40. Puis sur Twitter à 10h41. Il ne s'agit pas du tweet de Stelter, mais de celui de Zeleny, un autre confrère du journal. Schizophrénie, quand tu nous tiens... La première leçon de cette histoire, c'est donc que sur cette info, Twitter a bien été le premier média. D'abord par un témoin, puis par une source semi-officielle, puis par les journalistes. Le problème, c'est que les médias traditionnels ont encore du mal à le reconnaître, d'où l'exercice compliqué du chroniqueur du NY Times, "oubliant" le tweet de son confrère parce que, sans doute, pour lui, "retweeter" ce n'est pas du journalisme. Si, M.Brisbane, retweeter, c'est du journalisme. Stelter n'a pas seulement retweeté, il a contextualisé son tweet et validé sa source. Bref, il a fait son métier de journaliste. Trop peu de rédactions savent faire une vraie veille sur Twitter, lui préférant l'AFP. Grave erreur. La deuxième leçon c'est que, évidemment, Ben Laden a eu la mauvaise idée de mourir après le bouclage de nombreux journaux, qui se sont retrouvés le lendemain avec une "Une" obsolète... Le quotidien papier, dans sa forme actuelle est un média dépassé. C'est la raison pour laquelle, notamment, les journalistes doivent tous travailler sur le digital, pas pour le papier et un peu pour le web. Sur le digital, d'abord, tout doit y être publié, en priorité. Puis re-mis-en-scène sur le papier. Le papier doit être un accessoire du digital. C'est au moment où Keith Urban lache son tweet que l'on doit avoir toute la rédaction papier sur le pont pour une publication en temps réel. Pas seulement les journalistes du web. Les signatures sont essentiellement dans les rédactions papier, on le sait. Quand le monde apprend la mort de Ben Laden, les lecteurs ont besoin des journalistes des quotidiens tout de suite. Les analyses, les commentaires, les interviews, doivent être publiés en temps réel. Maintenant, comme en radio ou en télé, mais avec cette capacité propre à Internet de s'étirer dans le temps et de proposer une sorte de viscosité du rythme : temps réel, puis approfondissement, sédimentation, archivage... le web est une encyclopédie vivante et liquide de l'info. C'est donc la rédaction entière qui doit faire le journal en ligne, pas une pauvre équipe web sous-staffée dépendante de l'AFP. Je ne dis pas que le papier ne sert à rien, mais qu'il doit être remis à sa place, c'est un format parmi d'autres, et dans sa temporalité : il arrive après la fête. C'est d'ailleurs la grande force des magazines papier, habitués à traiter l'actualité avec le recul du rythme hebdomadaire. Ainsi le nouvel Observateur a-t-il pu publier trois jours après, 22 pages spéciales sur ce qu'il fallait comprendre de l'événément. Après les révolutions arabes, et maintenant la mort de Ben Laden, 2011 a révélé la puissance des médias sociaux dans le traitement et la distribution de l'information. C'est loin d'être terminé.
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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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