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Bien… Google a décidé de faire la chasse aux anonymes sur son nouveau réseau social Google+ et, comme il fallait s’y attendre, c’est un torrent de protestations qui s’est déversé sur le Net.
Il faut dire que le moteur de recherche, nouveau dans l’univers du social, n’a pas fait dans la dentelle. Après un message laconique envoyé par mail, Google a bloqué ou supprimé un certain nombre de comptes qui lui semblaient factices.
Le site Ecrans raconte qu’une ex employée de Google, Kirrily « Skud » Robert “a commencé à réaliser une base de données regroupant tous les utilisateurs bloqués pour avoir utilisé un pseudo, l’avoir glissé entre leur nom et prénom ou même, plus simplement, à cause d’un nom ne semblant pas réel ou comportant des caractères spéciaux”.
Beaucoup de maladresses donc de la part de Google (dont la philosophie semble être : agis vite, trompe-toi vite, excuse-toi vite, et corrige vite…), mais qui tombaient cette fois assez mal. Le sujet est sensible. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’un réseau social attaque le vieux dinosaure de l’anonymat sur Internet. Cela fait un an que Google milite pour la fin de l’anonymat et pour une “transparence totale” (lire le discours d’Eric Schmidt en août 2010). Ce n’est d’ailleurs pas Google qui a lancé le mouvement, mais Facebook. Qui fait lui aussi, peut-être un peu moins maladroitement, la chasse aux anonymes sur sa plateforme, arguant que la qualité de la communauté vient justement du fait que personne n’est anonyme. Il est plus difficile de mentir sur ce que l’on est lorsque tous nos amis peuvent vérifier ce que l’on publie. C’est ce qui fait la force de Facebook.
On pourrait répliquer que les intentions qui sous-tendent ce débat sont exclusivement économiques : plus facile de monétiser une communauté qui se présente comme une extension de notre vie qu’un dazibao à la Doctissimo ou à la Skyblog où l’on ne sait plus qui parle et qui dit la vérité. La courbe de trafic de ces sites à forums a d’ailleurs dramatiquement fléchi ces deniers mois.
Mais il n’y a pas que le business. Et ce qui est bon pour le business n’est pas forcément mauvais pour l’individu. Les deux, parfois se rejoignent naturellement. Le débat sur l’anonymat sur Internet dépasse le simple paradigme du “tous mercantiles”. La question se pose aussi chez les médias, où l’anonymat dans les commentaires ne libère aucunement la parole, plus souvent la haine et la lâcheté. Le chroniqueur Bruno Roger-Petit en livre un terrifiant exemple dans un récent billet, citant des commentaires envoyés à son encontre sur un site d’extrême droite bien connu.
Grand défenseur de l’anonymat il y a quelques années, j’avais même testé une nouvelle fonctionnalité sur le Post.fr (que j’ai co-fondé et piloté jusqu’en mars 2010): pensant que l’affichage de l’identité des internautes les empêchait de témoigner sur des sujets sensibles, j’avais permis aux membres du site de publier un commentaire anonymement tout en restant connecté à leur compte. Nous avons dû mettre fin à l’expérience : à chaque fois qu’un internaute utilisait cette fonction, c’était pour insulter un auteur ou pour se livrer à des commentaires racistes!
Aujourd’hui, je milite pour la suppression de l’anonymat sur les sites d’infos que je crée ou conseille, sauf s’il s’agit de leur demander d’envoyer des documents sensibles. Quand les internautes s’expriment à visage découvert sur un site d’infos, ils sont plus calmes, et étonnamment plus brillants et plus appliqués. Surtout si leur commentaire est destiné à être publié ensuite sur leur page Facebook. Quand tous vos amis peuvent lire vos écrits sur leur mur, vous réfléchissez à deux fois avant de poster n’importe quoi.
Pour autant, faut -il supprimer toute possibilité de publier anonymement sur Internet ? Bien sûr que non.
Tout d’abord, personne n’est jamais vraiment anonyme sur Internet, à moins d’utiliser des outils spécifiques pour gommer ses traces sur la toile.
Mais surtout, si l’on veut que cette société de la transparence prônée par Eric Schmidt serve le bien commun, il faudra accepter une certaine dose d’anonymat. Dans un monde idéal peuplés de gens équilibrés et bienveillants, la transparence totale aiderait sans doute les sociétés à avancer. Mais tout le monde n’est pas égal face à la transparence. Tout dépend de ce qu’on en fait. Ensuite, tous les Etats ne sont pas démocratiques. Même les démocraties…
Bien souvent, c’est grâce aux révélations de citoyens protégés par l’anonymat que l’on fait avancer la transparence. Nous l’avons vu lors des révolutions arabes. Si Google+ avait existé à l’époque, Google aurait-elle supprimé les comptes des combattants de la liberté ? En France, nous avons aussi besoin parfois, exceptionnellement, de courageux anonymes pour ouvrir parfois la boîte de Pandore. L’anonymat pollue souvent le débat, mais il peut aussi, même si c’est rare, être la soupape de sécurité d’une démocratie.
La transparence doit être la règle, mais elle est comme la liberté : elle ne rend libre que si elle s’impose des exceptions. Sinon elle emprisonne tout le monde.
Tags: anonymat, Google, réseaux sociaux
Intéressant et prête à réfléchir. Je suis plus ou moins d’accord.
Comme tu le constates, je signe ce commentaire avec un pseudo, mais il ne te sera pas difficile de trouver mon identité.
Et puis qu’est-ce-que l’anonymat?
Consiste-t-il en un nom factice bizarrement formaté?
Je pourrais très bien créer une identité factice, par exemple : Jean Dupont, et ce profil serait accepté partout.
Je trouve un peu légère ta dernière partie sur l’anonymat et les non démocraties ou celles qui se prétendent en être.
Dans ces conditions, l’anonymat est LA condition de la protection de l’individu en révolte contre une tyrannie, ou un état asocial.
Remarque : Je ne comprends rien à l’avant dernière phrase de ton dernier paragraphe : “Elle ne rend libre si elle s’impose des exceptions.”
Je signe aussi avec mon pseudo. Mais ce dernier est totalement identifiable sur le site du même nom. C’est une question de pratique et d’un peu de marketing. 4H18, ça se retient mieux que stéphane briot (ma véritable identité)
Ceci dit, je suis pour un site à visage découvert, car, comme tu le soulignes, lorsqu’il est question d’insulter, hop, hop, très courageusement, on passe en mode anonyme. Et puis, dans la rue, on ne se promène pas avec un sac sur la tronche à ce que je sache ?
Le raccourcis est un brin simpliste, je te l’accorde. Néanmoins, assumer ses dires me semble être primordial dans une société ou à la moindre connerie on se déclare coupable, mais pas responsable.
Si le net pouvait réapprendre aux gens le sens de responsabilité, ce ne serait du luxe. Voir, ce serait une belle bataille à mener. Assumer ce que vous êtes, ce que vous pensez, ce que vous écrivez. Soyez adultes.
Je finirais en disant que si tu ne fais rien de répréhensible, tu n’as pas besoin de te cacher. Aux innocents les mains pleines dit-on.
Merci pour ce billet.
PS / Dommage que l’on ne puisse pas s’abonner aux commentaires par mail… Un petite extension fait cela très bien.
@Lathenardiere : IL y avait une coquille, que je viens de corriger. Ce qui donne : “Elle ne rend libre que si elle s’impose des exceptions”.
Je ne vois vraiment aucune raison de se réjouir… 2 de mes amis ont été déjà été bannis de Google+ et cela m’attriste. Je connais leurs vrais noms, mais ils ne sont connus sur le web que par leurs pseudonymes, pour des raisons que je respecte. Par exemple, militer pour les droits des gays ou les droits des femmes est plutôt mal vu dans le Texas profond…
Je comprend parfaitement que certains ne soient pas à l’aise et ne souhaitent pas discuter avec des utilisateurs anonymes mais la solution me parait simple : il suffit de ne pas les ajouter à vos cercles ! Pourquoi priver ceux qui les connaissent ou ceux qui les apprécient du droit de partager avec eux ?
Cette politique est inutile et inefficace car elle ne requière en fait que l’apparence d’un nom réel, et cette politique est stupide car elle génère une polémique qui ne fait pas une bonne publicité à un service encore en phase de lancement.
Un exemple : le jeune développeur de génie, Antimatter15, banni, a été le premier à proposer une extension Chrome pour G+, dans les heures qui ont suivies le lancement du service (http://goo.gl/HNPjM), le site web Chrome Web Store (un site Google!) le reconnait même comme un “Verified author” sous ce pseudo (http://goo.gl/vIJa2), il blogue (http://antimatter15.com/wp/) et Tweet (http://twitter.com/#!/antimatter15) sous cette identité depuis des années et quasiment tous ses projets sont open-source (https://github.com/antimatter15). Un tel contributeur constructif a-t-il quelque chose d’un troll ? Sa présence ennuyait-elle quelqu’un ? Et bien sur, là encore, son éviction aura généré une mauvaise publicité: http://goo.gl/j4h35.
Triste histoire à mon avis…
Attention Benoît, il faut bien faire la différence entre le pseudo et l’anonymat.
Le pseudo n’est pas illégitime, et n’a rien de répréhensible.
Ainsi, je peux publier des dessins dans la presse en signant rimbus, et je ne pourrais pas le faire sur un réseau social ? Pourquoi des écrivains ont le droit de publier des livres sous pseudonymes, et pas les internautes ? C’est pas des écrivains, avec leur petit clavier ?
Selon mon expérience de blogueur, il me semble que les blogueurs sous pseudo ont plus d’identité virtuelle que les simples commentateurs identifiés par leur état civil, mais sans blog. Ils ont ouvert une vitrine, ont une petite communauté de relations, entre Twitter, Google+, FB, les blogs, les forums, les commentaires…
Plus qu’un nom, qu’on a pas choisit, le pseudo qualifie l’individu, s’il le souhaite (tout le monde se fait une idée de qui est zikos92 ou Rebelle75, plus que raoul Martin ou Irène Macheprot).
Même si le blog ferme, on peut garder son pseudo, qu’on utilise depuis des années. Pour être reconnu et pouvoir reconnaitre, le pseudo se charge d’une puissante identité, qui peut être un rôle qu’on joue, mais pas forcément, et on en change pas, en général. Finalement, quand on a développé son réseau virtuel, qu’on a ses amis virtuels, qu’on soit sous son état civil ou son pseudo ne change rien.
C’est presque un nom plus connu que le vrai, auprès de nombreuses personnes, qui survit dans les relations IRL (et oui, les réunions de blogueurs, où on s’appelle par son pseudo). De plus, le pseudo peut avoir comme origine un surnom. Que serait Dédé-la-sardine si on lui retirait son surnom ?
C’est pareil pour rimbus. Et puis mon vrai nom c’est Rimbaud, alors tu vois, mon nom ressemble à un fake, la variante vicieuse du pseudo.
Non…Google se trompe. Pseudonyme n’est pas synonyme d’anonyme.
Excellent article benoit.
Il faut nuancer il me semble entre anonymat et discrétion.
En effet, si l’anonymat absolu est plus que douteux à obtenir, les internautes aiment parfois être discret sur la toile parraléllement à leur situation de vie personnelle, professionnelle, etc. Leur recours au pseudo est une solution idéale. Refuser ce droit de la part de Google, c’est tout simplement ne pas respecter l’internaute.
D’autre part, je ne crois pas qu’il s’agisse de maladresses de la part de Google (dont la philosophie semble être :
fais comme si de rien n’était, résiste, fait semblant d’être à l’écoute, rectifier si cela est préjudiable aux
affaires…)
L’anonymat s’il est un dinosaure… est le fil d’ariane de l’internet tout entier, je le crois. J’aime dire
qu’internet = pseudo ; cela pour une raison simple : personne n’aurait envisager autrefois disperser naïvement son
patronyme dans l’internet 1.0 tant les dangers numériques étaient flagrants. Avec la sécurisation progressive du
web, un faux sentiment de sécurité est apparu. Le marché du numérique aidant, la sollicitation de l’usage du
patronyme a servit essentiellement aux lois du marché, bien que cela ne soit pas vrai dans l’absolument,
particulièrement pour la Presse et l’édition. Ainsi, la confiance dans les réseaux numérique du Web devenu 2.0 est
parvenu à maturité grâce à l’usage du patronyme au détriment du pseudonymat.
Seulement la confiance excacerbé dans le tout numérique et l’accentuation de la surveillance des réseaux numérique
et informatique qui s’est étendu jusqu’au territoire de notre quotidien et de la réalité physique donc à non
seulement fait tomber le mythe de Big Brother mais elle lui a donné une réalité tangible dangereuse dont la liberté
de chaque citoyen est menacée, en potentiel, sur la libre expression, dans un pays guidé lui aussi par les lois du
marché.
C’est pourquoi le pseudo est non seulement salutaire pour tous mais il devrait être prolongé comme un droit
institutionnel universel dans les systèmes d’informations. En france, nous avons tous le droit au pseudonymat. Mais
sa définition et ses modalités d’applications sont archaïques et non adaptées aux nouvelles réalités numériques et
de ses contraintes (…je developperais sur mon site cet aspect prochainement). Ce qui me fait insister sur
l’importance du pseudonymat dans les réseaux numériques par rapport au patronyme d’usage car qui peut affirmer
contrôler véritablement sa nouvelle identité numérique (unifiée qui plus est…) ?
Certains réseaux sociaux populaires (je ne citerais pas) n’ont aucun intérêt à favoriser le pseudonymat autant d’un
point de vue économique que d’une approche technologique coûteuse à mettre au point. Google (cette fois je
cite…lol) fait parti de celà malgré ses nombreux projets (OpenID principalement). Personne ne semble avoir
trouver de “solution” à la vie privée, authentification et pseudonymat au sein d’un modèle économique respectueux
des clients (qui existent pourtant mais je resterais flou la dessus).
Je comprend (et apprécie) votre expérience sur l’anonymat et je partage votre déception. Mais il existe, j’en suis
convaincu (pour avoir imaginé un concept) qu’il existe une facon d’amener notre client à respecter l’anonymat pour
de bons usages respectueux des uns et des autres sous certaines conditions (une prochaine discussion ?).
Des solutions existent et méritent d’être connues. Seulement, peut-être ne viendront’elles pas de “l’élites
informatiques” mais d’un simple citoyen. Et si c’était le cas, sans doute ne serait-ce pas facile pour lui de se
faire entendre, comprendre, etc.
Il y a mille raisons à ce que chacun dispose en toute occasion de la possibilité de s’exprimer en utilisant un pseudonyme, certaines de ces raisons relèvent éventuellement d’un simple “confort” (avec toute sortes de sens que pourra prendre ce mot dans ce cas) mais d’autres ont des ressorts vitaux.
Les pratiques de Google posent aujourd’hui un certain nombre de problèmes graves.
Par exemple : “Google+ and the loss of online anonymity” http://gigaom.com/2011/07/25/google-and-the-loss-of-online-anonymity/
J’ai laissé un commentaire sur cette page, qui n’a pas encore disparu comme ce fût le cas de commentaires similaires laissés sur http://content.usatoday.com/communities/technologylive/post/2011/07/google-one-month-later-whats-next/1 et sur http://www.guardian.co.uk/science/punctuated-equilibrium/2011/jul/25/1 (ainsi que bien d’autres commentaires dont un assez précisément critique de l’auteure) : Google veille-t-il et “censurerait-il” ?
J’ai également écrit “Google+ refuse un anonymat pourtant salutaire” http://leplus.nouvelobs.com/contribution/176937;google-refuse-un-anonymat-pourtant-salutaire.html
et plusieurs autres articles qui m’ont permis une réflexion approfondie sur ces questions.
Ma conclusion est que nous ne devons pas laisser croître un Internet où chacun devrait se présenter en toute occasion sous sa véritable identité, ce serait trop dangereus pour nos libertés, pour la démocratie et leur développement.
Or si nous ne réagissons pas massivement il y a fort à parier que les TOS de Google pourraient devenir une des “bases législatives” majeures du Net, ce qui ne me semble pas admissible.
Je ne tiens pas à ce que mes activités perso sur le net puissent résonner dans ma vie réelle professionnelle. Je n’ai pas honte de mes choix politiques et sociaux mais il se trouve que le monde est peuplé de gens à courte vue qui pensent par clichés !
Benoit, tu as entièrement raison. Chez moi un canard local Lyon Capitale, dont les commentaires étaient prometteurs au début, est littéralement plombé par les commentaires, qui loin d’être de la valeur ajoutée, plombent le canard et son site. L’anonymat qui pouvait être intéressant au départ pour discuter dans une ville à taille humaine n’est plus usitée que pour les règlements de compte.
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