la vie, les internets... et trendsboard

@benoitraphael

la vie, les internets... et trendsboard

HUFFINGTON POST. Rémunération des blogueurs : le faux débat

com
Le lancement du Huffington Post français ayant relancé la polémique de la rémunération ou non des blogueurs (lire ici, ici, ici et ), je rebondis sur le billet d'Erwann Gaucher qui propose un petit guide du camarade blogueur sur la base de critères objectifs. Voici la matrice qu'il propose. Appelons là, "Remunerator". Le Remunerator est l'arme fatale pour savoir si vous pouvez réclamer un paiement ou non. Pour résumer : si tu as coché moins de deux croix, camarade blogueur, "tu fais visiblement ce que tu veux comme tu veux, mais tu n'es pas rémunéré, ce qui semble normal. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre", écrit Erwann. Tout d'abord, on pourrait discuter le tableau du Remunerator point par point : si je n'ai coché que la case "commande", est-ce que ça n'ouvre pas à rémunération ? Ou si on m'impose l'exclusivité de publication ? Oui mais alors si mon article a été entièrement réécrit ? Et puis quelle est la différence entre une interview d'expert et un billet d'expert ? Par exemple si on me demande de répondre à une ou deux questions par mail ? Et quelle est la différence entre un expert et un blogueur ? Le débat est sans fin. L'article a au moins le mérite de tenter de poser des règles dans un débat qui n'est pas aussi simple qu'il n'y parait. Mais qui repose sur de mauvaises bases. Pourquoi ? Parce que dans le tableau d'Erwann, il y a une colonne de trop. Cherchez l'intrus : Journaliste ? Ok. Chroniqueur ? D'accord. Expert ? Ok. Blogueur ? Hum. Quelle est la différence entre un blogueur et un journaliste blogueur, un chroniqueur qui publie ses billets sur un blog et un expert qui blogue ? C'est quoi un blogueur au fait ? Tout d'abord, avant le blogueur il y a le blog : une plateforme digitale apparue au début du XXIe siècle qui permet à n'importe quel individu de publier simplement tout ce qui lui passait par la tête. Il n'y avait pas qu'une seule façon de bloguer, mais des centaines : donner son avis sur tout, raconter sa vie, publier des photos ou des recettes de cuisine, raconter des histoires... Comme il n'y avait pas de terme pour désigner ceux qui utilisaient cet outil, on les a appelés les blogueurs. Puis les journalistes se sont mis à utiliser le blog, principalement parce que les systèmes de publication ne permettaient pas de diffuser simplement des chroniques ouvertes à la conversation. On a alors parlé de journaliste blogueur. Puis on s'est rendu compte qu'il n'y avait pas beaucoup de différence entre le journaliste blogueur et ce qu'on appelait le "chroniqueur". Sauf qu'il utilisait un blog. D'ailleurs, sur le Huffington Post, il n'y a pas de plateforme de blogs à proprement parler. Il y a un espace  dédié qui permet de publier un billet ou une chronique, un peu à la manière des grands quotidiens ou des magazines. Quand telle ou telle personnalité publie une tribune dans le journal Le Monde, ou quand un journaliste écrit un éditorial, ou quand un lecteur voit sa lettre publiée dans le courrier des lecteurs (Marianne a d'ailleurs très bien su mettre en scène son courrier des lecteurs, bien longtemps avant l'apparition des blogs, en en faisant un vrai journal dans son magazine), personne ne se demande si ces gens là doivent être payés ou pas. Le journaliste est payé, le chroniqueur est payé. Pas la personnalité qui publie sa tribune, ni le lecteur qui envoie sa lettre. La seule différence entre la Rachida Dati qui publie sur le Huffington Post et la Rachida qui publie sur le Monde, c'est que dans le premier cas elle le fait grâce à un outil qu'on appelle "blog". Mais la démarche est la même. Alors, encore une fois, qu'est-ce qu'un blogueur ? La différence entre un blogueur et un chroniqueur ou une personnalité qui publierait une tribune, c'est l'autopublication. Un blogueur est une personne qui publie ses chroniques sur son média personnel ou collectif. Point. Un blogueur qui écrit pour un média n'est plus un blogueur. Il est : - Soit un chroniqueur (c'est à dire qu'il publie des billets régulièrement à la demande du média, dans lesquels il donne son avis, son analyse, ou son témoignage) - Soit un journaliste (c'est à dire qu'il relate des événements) - Soit une personnalité qui souhaite se faire entendre. Ou que l'on invite à s'exprimer dans le cadre ponctuel d'un débat, sous forme de billet ou d'interview ré-éditée. - Soit un lecteur/utilisateur qui s'exprime librement dans l'espace contributif personnel qui est mis à sa disposition (ou via un formulaire) et dont les propos pourront être repris ou pas dans l'espace éditorialisé du site. Dans les deux premiers cas, le rédacteur doit être rémunéré. Dans le troisième, c'est une histoire d'offre et de demande, ou d'intérêts croisés. Il peut y avoir paiement de l'un ou l'autre côté, ou pas de paiement du tout. Enfin dans le dernier cas, l'utilisateur envoie sa publication spontanément pour se faire entendre ou pour partager. Il n'y a pas plus de rémunération à exiger que dans le cadre du traditionnel courier des lecteurs, à partir du moment où les règles sont clairement établies dès le départ. Sinon, c'est la fin de la spontanéité. Tout le reste est "bullshit", comme on dit. A lire sur la Social Newsroom : Faut-il payer les blogueurs ? (Photo d'illustration : portraits de blogueurs par Gabriela Herman)
Repost

Commenter cet article

Nicolas 27/06/2012

Et vous oubliez une dernière catégorie : le correspondant-blogueur qui écrit sur la base de "commandes" plus ou moins formelles, est rémunéré pour cette activité et dont le blog est hébergé par le site du titre auquel il contribue...mais ce qu'il écrit en plus de ce qu'il fait pour le journal est a sa propore initiative. Pourtant le même journal capitalise sur l'audience générée par le blog est même parfois la monétise...là il dit quoi le correspondant-blogueur ???

Calvero 27/06/2012

Très bonne synthèse. Ce débat en avait bien besoin.

Ronald Locatelli 27/06/2012

Juste une question: "une plateforme digitale apparue au début du XXe siècle", ça fait référence aux blogs des poilus ? Je dis ça. Je dis rien.

Benoit Raphaël 27/06/2012

Merci pour le lien, Guillaume.
Le débat porte sur la rémunération ou non, pas sur le montant ou la nature de la rémunération. Sur ce dernier point, le débat est encore tout autre. Et pas simple à trancher. C'est souvent du cas par cas, et il relève souvent de la négociation quand il n'est pas encadré par une loi.
Le partage de revenus est une bonne initative, c'est ce qui était pratiqué au Post (comme au Monde) avec certains blogueurs, avec un minimum garanti mensuel qui pouvait aller jusqu'à 1500€. Mais là, on parle bien de rémunération !

Marcel Filion 27/06/2012

Quelques personnalités québécoises (certaines très peu connues) qui, je suppose, y avaient été invitées, ont renoncé à s'y faire lire, apprenant que l'entreprise avait été vendue à AOL et que la fondatrice du blogue s'en était enrichie de quelque 300M$: scandale et vierges offensées! Ces gens ne savaient-ils pas que le HuffingtonPost était une entreprise commerciale qui, comme tant d'autre sur le WEB ont permis de créer des milliardaires presque instantanés (Madame Huffington est d'ailleurs loin du compte).
J'ai eu le plaisir de lire le blogue, son dernier d'ailleurs, d'une de ces personnalités: monsieur Normand Baillargeon. Il y abordait plusieurs sujets et l'un m'avait frappé: il s'intitulait "l'altruisme réciproque" et mettait en scène ses recherches sur les chauves-souris qui, lorsqu'elles sont affamées, minaudent leurs congénères repues pour leur faire régurgiter un peu du sang ingurgité, sachant bien qu'il pourrait arriver qu'elles aient à utiliser le même stratagème, une nuit ou l'autre. Et c'est ce que monsieur Baillargeaon qualifie de "altruisme réciproque". En lisant le rapprochement de ces deux mots, j'ai sursauté mentalement et j'ai sauté physiquement sur le dictionnaire pour bien vérifier le sens du mot altruisme dont la caractéristique principale est d'être "DÉSINTÉRESSÉ (par opposition à égoïsme)". Je verrais beaucoup mieux que monsieur Baillargeon ait intitulé son propos de "égoïsme réciproque", sentiment qui devait l'animer, lui et ses confrères et consoeurs, en acceptant de participer au Huffpost, puis en s'en retirant.
Peut-être monsieur Baillargeon devrait-il conserver son blogue, y vendre de la publicité, inviter tous et chacun à y participer à titre gratuit évidemment, arguant la notoriété que chacun en retirerait, pour finalement le vendre au plus offrant pour quelques millions (selon l'échelle québécoise)?

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog