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TWITTER. Mort de Whitney Houston : comment Twitter a (encore) échappé aux médias

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Ce n'est pas la première fois qu'un événement est annoncé quelques heures avant sur Twitter. Après l'exécution de Ben Laden et l'interpellation de DSK, c'est la mort de Whitney Houston qui a été annoncé en premier sur le réseau social Twitter. En mai dernier, j'écrivais que les historiens devraient penser à conserver la trace des tweets marquant les événements, car parfois Twitter est le premier média lorsqu'il permet à un témoin de graver dans le flux de tweets, nouveau canal d'expression mondial, ce qu'il a vu, entendu. Car de plus en plus ce flux s'alimentera de témoignages historiques. Des premiers éclats des grands moments de l'histoire. La mort de Whitney ne fait pas partie de ces grands moments historiques, mais son histoire avec Twitter est intéressante. Business Insider publie une infographie réalisée par un certain @isaach qui montre l'historique de l'info sur Twitter: Toute la première partie de l'histoire, située entre 4 et 5pm, se déroule en dehors du scope des médias qui n'ont pas encore annoncé la mort de Whitney. 4pm (heure locale) : @BarBeeBritt, qui habite Los Angeles et fréquente beaucoup les clubs à Hollywood demande : On ne saura pas comment @BarbeeBritt a eu vent de cette info. D'ailleurs son tweet a été assez peu repris. Mais c'est un premier signal. Celui de @AjaDiorNavy, posté quelques minutes plus tard (4.15pm) est beaucoup plus précis : "Oh My God, ma tante Tiffany qui travaille pour Whitney Houston vient juste de trouver Whitney morte dans la baignoire" Ces détails sur la mort de la chanteuse ne seront révélés que 24h après. Ce tweet ne sera pas tellement plus repris que le premier. Comme le témoignage de cet ingénieur qui avait assisté à l'opération contre le QG de Ben Laden. Il faudra attendre celui de l'agence américaine AP à 4.57pm pour que la conversation s'enflamme sur Twitter, dont le flux sera catalysé par les déclarations en chaine des stars sur le réseau social. Lil Wayne, Justin Bieber, Katty Perry. A Los Angeles, Twitter a été plus fort que TMZ (le site people qui avait annoncé le premier la mort de Michael Jackson). Cette histoire nous apprend deux choses : 1) Twitter est en train de devenir un flux historique. Comme un négatif photo, il prend l'empreinte en temps réel de ce qu'il se passe dans le flux de l'Histoire, la grande et la petite, celle des grands et celle des gens. Et comme ce négatif n'est pas encore extrêmement sensible (entendez : le monde entier n'utilise pas encore Twitter comme canal d'expression), il ne garde qu'une empreinte encore très superficielle des événéments. Mais cette empreinte va devenir de plus en plus précise avec le temps. Surtout si elle se combine avec d'autres canaux de témoignage en temps réel. 2) Comment les journalistes peuvent-ils utiliser cette empreinte en temps réel pour capter plus tôt les soubresauts de l'Histoire ? Jusqu'ici les journalistes utilisaient leurs outils traditionnels : un bon carnet d'adresses d'informateurs et des outils participatifs classiques comme le téléphone rouge qui permet depuis des années aux auditeurs d'une radio d'alerter les journalistes d'un événement, ou le réseau de correspondants locaux en presse quotidienne régionale. Avec Twitter, on entre dans une dimension différente. Twitter fonctionne indépendamment de l'écosystème des médias.Twitter est un flux d'expression qui embarque de temps en temps, très rarement en fait, des témoignages bruts. Pour Anthony De Rosa, social media editor chez Reuters, il reste à inventer un outil de détection sur les médias sociaux. Pas de détection des conversations, mais de ces témoignages premiers qui jaillissent de temps en temps sur les réseaux sociaux mais que personne n'entend parce que la plupart de ces témoins d'un jour ne sont suivis par personne. Le site du Poynter Institute rapporte que Reuters et d'autres médias comme le Guardian ou la NPR testent actuellement un prototype de détection développé par Microsoft et la Rutgers University, appelé SRSR (Seriously Rapid Source Review) : L'outil scanne les tweets en utilisant une batterie de filtres de mots clefs, 741 au total (des mots clefs qui seraient utilisés par des témoins ayant assisté à un événement), qui, combinés à un filtre de contextualisation (la géolocalisation de la source notamment), permettent de détecter de potentiels témoignages. Les chercheurs reconnaissent qu'ils n'auraient pas pu détecter le tweet annonçant la mort de Whitney, mais pensent être sur la bonne piste. La prochaine étape pourrait être de passer un accord avec Twitter pour une utilisation plus optimale de ce flux. On sait que Twitter base une partie de son business model sur l'exploitation de ce flux. Mais quand ce flux devient un reflet de l'histoire, appartient-il encore à une société privée ? Le débat est ouvert.
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