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Joël de Rosnay : Comment aborder le monde de demain en trois leçons

Si vous n'avez qu'un livre à lire ce mois-ci, je vous conseille le dernier de Joël de Rosnay, "Surfer la vie".

Derrière ce titre qu'on serait tenté un peu rapidement de classer au rayon zen, se cache une profonde réflexion sur le monde en mouvement et sur les mécanismes qui, depuis l'arrivée d'Internet, ont plongé l'humanité dans une révolution qui n'est pas près de s'arrêter.

Joël de Rosnay (qui est chercheur, ex-enseignant au MIT, entrepreneur, et ... amateur de surf) ne le dit pas comme cela, mais le constat est en filigrane : l'histoire nous avait habitués à une loi d'airain : les révolutions nous mènent d'un ancien monde vers un nouveau monde. Cette révolution là ressemblerait plutôt à une réaction en chaîne infinie, un big-bang qui créerait son propre temps et son propre espace, sans jamais cesser de se déployer. Difficile de prévoir donc quand ce passage d'un monde "normal" à un monde connecté s'achèvera, s'il s'achève un jour.

Il semblerait même plutôt que nous ne sortions jamais de cette instabilité accélérée plutôt que déclenchée par l'arrivée d'Internet. Peut-être parce que cette instabilité n'est finalement pas si "anormale" que cela. Et que c'était notre rapport figé au monde et aux autres qui était en décalage avec la réalité.

Joël de Rosnay fait à ce propose référence au concept d'homéostasie, introduit en 1865 à propos du vivant, lequel définit "la stabilité dynamique et le maintien de niveaux vitaux susceptibles d'évoluer en fonction des variations de l'environnement."

Tel est l'environnement socio-économique auquel nous faisons face aujourd'hui : instable, luide, fait d'interdépendances, en révolution et en rééquilibrage permanent, particulièrement perturbante pour nos sociétés en raison de la destruction de connaissance permanente qu'elle nous inflige.

Elle nous impose de repenser notre façon d'apréhender et de construire le monde de demain. Appliquée au monde économique,politique et même énergétique, cette découverte fait apparaître deux lignes de force si nous voulons survivre à ce monde qui n'est pas en train de basculer d'un état à un autre mais de devenir de plus en plus complexe :

1) Nous devons passer du rapport de force au "rapport de flux". Dans un monde devenu flux, un monde fluide et mis en réseau, fait de courants et d'interconnections permanentes, les modes d'organisation basées sur une conception rigide de notre rapport à l'environnemnet où chaque cause est censée produire les mêmes effets sont obsolètes.

Joël de Rosnay prône un nouveau type de société, une société "fluide" qui "favorise la gestion participative des environnements et des systèmes complexes, fait voler en éclat le principe de concurrence et la culture du secret.

Les rapports de force créent l'instabilité du balancier : tantôt une force domine, tantôt c'est l'autre, avec les risques d'escalade que cela implique.

Les rapports de flux entraînent la stabilité induite par l'homéostasie. L'auteur utilise l'image d'un seau transparent qui se viderait et se remplirait en même temps. Le niveau de l'eau reste constant, "il n'est pas statique mais stationnaire", en mouvement permanent. Cela nécessite d'être en perpétuel mouvement, de ne jamais cesser d'agir sans craindre l'échec, mais aussi et surtout d'obtenir des informations multiples en temps réel afin de s'adapter en permanence aux flux, et de partager ces informations dans une approche multisectorielle.

2) La seconde ligne de force interroge notre capacité à prendre des risques. C'est la remise en cause du principe de précaution, qui empêche d'avancer, à celui "d'attrition", c'est à dire à notre capacité de mesurer les risques afin de les prendre en toute connaissance de cause.

"Dans les années 50, sur la côte basque (...) il fut question d'interdire la pratique du surf (jugé dangereux) en application du principe de précaution. Une poignée de surfeurs pionniers réussit à faire imposer une signalisation par drapeaux (...). Les surfeurs furent ensuite autorisés à surfer les très grosses vagues à condition d'être au moins au nombre de trois et de se surveiller mutuellement. C'est l'affirmation du risque calculé, autrement dit du principe d'attrition".

Doublé d'un autre principe, plus difficile à accepter de nos jours (mais non moins vital) : celui de la solidarité et de l'empathie (la "surveillance mutuelle").

J'ajouterais une troisième ligne de force structurant le monde de demain. Il concerne les marques et leurs produits. Dans ce monde de plus en plus fluide et donc transparent, le modèle (décrit dans l'ouvrage culte "No logo") selon lequel tout l'effort était porté sur la construction de la marque quelle que soit la qualité du produit, est en train de voler en éclat.

Dire que la marque devient média (parce qu'elle doit s'imposer dans un nouvel écosystème social fait de conversations et d'interdépendances) signifie qu'elle doit démontrer sa capacité à être utile à la société et à ceux à qui elle s'adresse. Nous quittons la marque abstraite et ses valeurs artificielles pour revenir au produit. C'est à travers lui que la marque s'incarne et converse avec ses communautés. Le produit devient objet social et vivant, qui n'appartient plus seulement à son créateur. Cela signifie qu'une campagne de communication digitale doit pouvoir mener à une remise en question du produit.

Ce n'est pas encore gagné. Mais je trouve toutes ces perspectives particulièrement enthousiasmantes. Pas vous ?

Et puis c'est toujours mieux que de trembler de peur face à la crise et au "on va tous mourir"... A lire : Joël de Rosnay "Surfer la vie - Comment sur-vivre dans la société fluide" - Editions LLL (Illustration : Sud-Ouest blogs - Sylvain Cazenave)

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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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