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Fleur Pellerin croit en la culture de l'entrepreneuriat et de l'innovation. Cool.

A lire aujourd'hui sur le Monde, l'interview de Fleur Pellerin par l'expert en innovation Francis Pisani (qui est aussi un ami. Bisous Francis...).

Au menu, quelques phrases qui font du bien, d'autres qui me laissent perplexe, mais qui sont pour l'instant très politiques. Je ne sais pas quelle est la marge de manoeuvre réelle de la ministre déléguée à l'Economie numérique au sein de son ministère de tutelle, pas forcément visionnaire sur ces questions, mais accordons lui le bénéfice du doute. Pour l'instant, elle tient bon. Son discours est cool.

Et le plan pour l'innovation annoncé lundi est un premier pas. Il permettra notamment d'aider les start-ups à monter leurs projets grâce à des aides de 50 à 70K€, soutiens déjà facilités par les incubateurs qui peuvent déboucher sur de l'amorçage. Bon, pas sûr par contre que ça règle le problème des start-ups innovantes trop jeunes pour bénéficier des prêts publics de type Oseo (il faut 3 ans d'existence) et peut-être trop vieilles pour bénéficier de la nouvelle aide au lancement de projet.

Alors que c'est justement après un ou deux ans d'activité, au moment où les modèles sont en train de s'éprouver, que les besoins de financement se font sentir et que ces jeunes entreprises sont les plus fragilisées.

Voici quelques morceaux choisis de l'interview de Fleur Pellerin :

Sur l'entrepreneuriat justement :

Nous n'avons pas un rapport décomplexé à l'échec comme aux Etats-Unis. Nous y travaillons, avec la suppression du fichage des entrepreneurs ayant connu un seul dépôt de bilan. Nous allons aussi organiser des conférences où les gens viendront témoigner de leurs expériences d'échec, sur le modèle des « FailCon ».

CQFD. Reste à faire le boulot pour déraciner cette vieil état d'esprit français plus porté à statufier ses castes et ses élites (Saint-Cyr, Polytechnique, ENA...) que ses entrepreneurs, souvent moins qualifiés. L'innovation c'est aussi la prise de risque.

On pourrait peut-être commencer par l'école. Fleur Pellerin est ok :

Il serait intéressant, sur un mode ludique, de développer des cours donnant aux enfants, dès le plus jeune âge, des notions économiques de base : qu'est-ce qu'une entreprise, qu'est-ce-qu'un bilan ? Aujourd'hui, c'est une question de culture générale. Nous avons une vision encore trop idéologique de l'entreprise, qu'il faut définitivement dépasser. Et puis il ne faut pas oublier qu'entreprendre, ce n'est pas seulement créer une entreprise, c'est d'abord lié à la prise de risque et à la créativité, et c'est aussi une aventure humaine. On peut très bien entreprendre dans une association. Il y a plein de cadres dans lesquels on peut se révéler entrepreneur, et ce n'est pas uniquement gérer un compte de résultat.

J'approuve !

Tout autant que la nécessité d'apprendre aux élèves à coder dès le plus jeune âge. Le code est l'un des nouveaux alphabets du XXIe siècle, et aussi l'une des clés de la croissance économique de demain.

Les jeunes aujourd'hui sont trop souvent des consommateurs passifs des outils numériques. Apprendre à coder ou à développer peut leur permettre de comprendre comment est construit l'univers digital dans lequel ils évoluent, et de développer une distance critique.

Au fait, Vincent Peillon est d'accord ?

Sinon, je suis un peu moins convaincu par son analyse de la crise taxi versus Voitures de tourisme avec chauffeur :

L'innovation, souvent, ça gratouille, ça bouscule. Mais, dans le cas des taxis, il ne serait pas socialement acceptable d'ignorer qu'ils ont déboursé parfois 150 000 euros pour acheter leur plaque. C'est pourquoi il faut aussi savoir accompagner les acteurs en place, afin que les transitions soient acceptables.

Accompagner, ce n'est pas vraiment ce que fait le gouvernement en imposant un délai de 15mn aux voitures avec chauffeur, ce qui est une façon de tuer leur avantage concurrentiel. Et donc de tuer l'innovation.

Enfin, innover, c'est aussi savoir attirer les talents. Donc les immigrés :)

50% des créateurs de start-ups de la Silicon Valley sont d'origine étrangère, souligne Francis Pisani :

Au moment des Assises de l'entreprenariat, de janvier à avril dernier, le président de la République a annoncé tout un train de mesures, dont une politique de visas pour les entrepreneurs et pour les étudiants. Je ne crois pas à une reprise durable de la croissance en France sans une politique d'immigration audacieuse. La capacité à attirer les meilleurs talents, les meilleures compétences, est un élément majeur de compétitivité. Les Américains ne n'y sont pas trompés…

Les visas ne suffiront pas. Encore faut-il donner envie de venir en France en créant un climat favorable à l'innovation et à la création d'entreprise. Pour l'instant, ce n'est pas gagné. Les politiques, de gauche mais aussi de droite, ont toujours eu un problème avec la culture d'entreprise, trop facilement associée au seul appât du gain. Et qui dit "gain", dit "taxe" ! Alors qu'on aimerait entendre parler de "prise de risque".

Sur la fiscalité, il y a donc aussi des progrès à faire, même si la France n'est pas le pire pays en la matière.

Je suis favorable à une fiscalité qui différencie les revenus qui sont assurés et ceux pour lesquels il y a prise de risque.

Cool. Reste à définir la prise de risque versus les revenus assurés... Espérons que tout cela ne rajoute pas de la paperasse à la paperasse.

L'enjeu fiscal concerne aussi les jeunes entreprises, notamment sur les charges et sur la souplesse côté contrat quand le business n'est pas encore installé.

Il y a quelques aides, mais qui arrivent souvent trop tard et demandent des jours entiers de travail pour remplir les dossiers... On attend encore le choc de simplification de ce côté là.

Interview complète à lire sur le Monde :

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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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