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#CES : Michael Bay est-il vraiment américain ?

C'était le buzz du jour au CES 2014 (Consumer Electronic Show), hier, selon Trendsboard. Invité sur le stand Samsung pour parler des téléviseurs incurvés (OLED), le célèbre réalisateur américain a été victime d'un bug. Un bug du prompteur, qui s'est mis à sauter quelques phrases, visiblement, suivi d'un bug de Michael Bay qui n'a pas réussi à répondre aux questions, pourtant simples, de l'animateur comme "Que pensez vous des écrans incurvés".

Après avoir essayé d'improviser, le réalisateur de "Transformers" a rapidement jeté l'éponge et quitté la scène.

Trahi par la technique pour la première fois, le créateur de Transformers n'a pas pu sortir un effet spécial de sa manchette pour distraire l'audience. Il est simplement parti.

Il s'en est excusé sur son blog dans la journée. Expliquant : je ne suis pas doué pour les discours...

Etonnant moment de solitude.

Etonnant pour une pointure comme Michael Bay. Etonnant pour un Américain.

Humiliant, même, à lire les tweets et les articles sur le web : presqu'aussi humiliant qu'une panne sexuelle...

Quand tu es Américain, et que tu fais un discours à la conférence la plus tweetée de la planète, tu n'as pas droit à l'erreur.

Normal, on est au pays du discours.

J'ai toujours été impressionné par la capacité des professionnels américains à performer sur scène lors de leurs keynotes. Le discours est une des grandes traditions des Etats-Unis (pour votre mémoire, ou juste pour le plaisir, voici la liste des meilleurs discours de l'histoire des Etats-Unis).

Les enfants apprennent l'art du discours dès l'école. Des concours sont même organisés entre collèges.

Pour les conférenciers, la technique du stand-up à l'américaine est devenue une norme internationale. Pas encore très bien maîtrisée par les Français... Les interventions des speakers sont souvent répétées plusieurs fois avant la performance, sont plus ou moins apprises par coeur (au moins les grandes lignes) et chronométrées. C'est un show. Et un véritable art dont les Américains sont devenus les prescripteurs. La conférence TED en est un des plus bel exemples.

Là, bizarrement, Michael Bay a complètement déconnecté. C'est d'autant plus surprenant que l'animateur, voyant la star en difficulté, a tenté de le transformer en interview.

Comment expliquer ce blocage ? Avait-il vraiment préparé son discours ? Il n'a sans doute pas écrit lui même le texte du prompteur et ne savait peut-être pas vraiment de quoi il parlait... Michael Bay était-il vraiment inspiré par le téléviseur incurvé dont il était venu faire la promo où était il juste venu toucher son chèque et honorer son contrat entre la licence Transformers et Samsung ? Il aura l'occasion de se rattraper, une tournée est prévue partout dans le monde. Mais il devra se motiver...

Les blocages arrivent... mais au pays du discours, ça ne pardonne pas. Surtout sur Twitter, où le internautes, cachés derrière leur écran se sont empressés de moquer cet "epic fail". Un peu cruel. Michael Bay a tout de même eu le courage d'en parler sur son blog et de laisser son billet ouvert aux commentaires où des tas de "trolls" se sont rués pour se moquer de lui.

D'autres, plus pragmatiques, en profitent pour donner des bons conseils en cas de panne :

1. Riez-en et faites face.

2. N'ayez pas peur, improvisez (visiblement la partie la plus compliquée pour M.Bay, mais aux Etats-Unis il y a toujours un business pour tout : il peut prendre des cours ici)

3. Si vous ne savez pas quoi dire, partez de ce qui vous passionne. La passion, c'est le meilleur moyen d'enflammer le public même si le discours est moins travaillé. Visiblement, le téléviseur incurvé de Samsung ne devait pas passionner l'ami Michael.

4. Et, enfin, remerciez votre public. Il fait partie du show.

De mon côté, j'ai donné plus d'une vingtaine de conférences en France et à l'étranger. Et comme je n'ai pas le talent d'un orateur américain, je me suis parfois retrouvé confronté à quelques couacs. J'ai appris deux ou trois choses :

- Pour éviter de perdre le fil, ne tournez pas autour de plusieurs idées. L'audience, de toute façon, n'en retiendra qu'une. Donc prenez une ou deux idées force, pas plus, et tournez autour. Ça vous aidera à improviser.

- Si vous ne connaissez pas bien le sujet (ça m'est arrivé!), travaillez le bien en amont. Faites des recherches, trouvez un angle et retenez une ou deux histoires à raconter pour illustrer votre propos. Quelques chiffres. En cas de panne, vous pourrez toujours ressortir quelque chose pour rebondir et broder sur le sujet.

- Comme le conseille David Abiker dans un excellent billet publié aujourd'hui, n'hésitez pas à dire à votre audience que vous êtes timide, pas à l'aise, ou... malade! Ou alors dites que vous êtes un peu malade si vous êtes timide. Faites le avec humour. Ça créera une relation empathique et vous enlèvera un peu de pression.

- Considérez votre audience comme votre alliée. En installant une relation empathique avec eux, ils n'en seront que plus tolérants. Un speech est toujours un échange, parfois physique, même si l'audience ne parle pas.

- Prenez des notes, mais n'écrivez pas trop. Et ne LISEZ PAS votre powerpoint si vous en avez un. Eventuellement, écrivez sur papier un plan et quelques formules charnières qui vous aideront à rythmer votre discours. Plus vous scripterez votre keynote, plus vous serez vulnérable en cas de défaillance technique. On a vu les effets sur notre ami Michael.

- Parlez plus lentement que vous n'en avez l'habitude. Vous aurez l'impression de passer pour un attardé, mais votre audience ne s'en rendra pas compte. Au contraire, elle sera mécaniquement plus attentive. Ça vous aidera aussi à réfléchir à ce que vous allez dire ensuite...

Avec tout ça, vous devriez être armé... A l'heure de Twitter, visiblement, on n'a plus droit à l'erreur !

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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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