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Rifkin : pour 2013, osons l'optimisme !

Vous connaissez peut-être cette histoire fabuleuse, qui a inspiré le film "Joyeux Noël". Je l'ai découverte benoitement il y a quelques jours, je n'avais jamais vu le film, en lisant ce pavé de l'économiste et prospectiviste Jeremy Rifkin : "Une nouvelle conscience pour un monde en crise- vers une civilisation de l'empathie".

C'était en 1914, la guerre venait de commencer, elle n'avait pas encore fait ses millions de morts, mais on se tuait déjà dans l'absurde et la boue, par centaines. Ce soir de Noêl 1914, Anglais et Allemands étaient rentranchés chacun dans leur camp, ne pouvant se lever pour récupérer leurs morts sans se faire tirer dessus. A un moment de cette drôle de soirée, un peu triste, dans le silence noir et lugubre, les Anglais ont entendu s'élever des chants de Noël, de magnifiques chants allemands. De l'autre côté des barricades, les soldats allemands chantaient pour se réconforter. Quand le choeur s'est tu, les Anglais, émus, n'ont pu s'empêcher d'applaudir. Et ils se sont, eux aussi, mis à chanter.

Alors les soldats se sont levés, ont rampé hors de tranchées et se sont avancés les uns vers les autres. L'histoire dit qu'ils se sont échangés des cigarettes, des gateaux, des photos de famille. L'espace d'une nuit entre deux mondes, ils se sont apportés un peu de chaleur au coeur de cette effroyable guerre.

Quand l'aube s'est levée, ce sont des milliers de soldats qui sont allés à la rencontre de l'autre. Au matin, chacun a pu enterrer ses morts. La trève a continué. On dit que des matchs de foot ont été organisés entre les deux camps ennemis.

L'histoire est également racontée et discutée ici.

Pour Jeremy Rifkin, cette histoire prouve une chose : l'homme n'est pas naturellement mauvais, destructeur, pervers ou égoïste. C'est un être naturellement empathique, qui recherche la compagnie des autres, comme les nourrissons dans les crèches qui vont spontanément vers ceux qui pleurent. "La relation précède l'individu". Citant plusieurs chercheurs, Rifkin défend donc une fascinante "contre-théorie de la nature humaine, où les relations sociales pèsent plus lourd que les pulsions libidinales dans le développement de la psyché et du moi individuel."C'est le monde tel qu'il est, les contraintes sociales, economiques et affectives qui font de l'homme un loup pour l'autre, c'est la destruction de la relation sociale et affective qui structure cet "homo lupus" que décrit Freud avec tant de hargne. Pas l'inverse.

Quel rapport avec l'économie ? Il est évident. La révolution numérique et des réseaux sociaux, en démultipliant les échanges entre les personnes et les idées, accélère ce processus empathique, constate Rifkin, et révèle l'aspiration fondamentalement sociale de l'être humain.

Le problème majeur que relève Rifkin est en fait un paradoxe : plus l'humanité s'améliore, c'est à dire se développe et se complexifie (dans ses rapports sociaux, économiques, psychologiques…), plus elle consomme de l'énergie et génère de l'entropie autour d'elle (crise, réchauffement climatique, guerres, pandémies, changement permanent, infobésité...). C'est l'application de la loi de thermodynamique selon laquelle toute énergie qui se transforme va de l'ordonné au désordonné, du chaud au froid, du disponible à l'indisponible et provoque les désordres que nous connaissons.

En résumé, plus l'homme devient évolué et social, plus il devient emphatique (soucieux du sort des autres et de la planète) mais plus il crée également du chaos et met la planète en péril. "C'est le vice de la tragédie de l'histoire : notre attention et notre sensibilité empathique planétaire se heurte à l'obstacle de l'effondrement entropique de la Terre."

D'où la crise, profonde, que nous vivons, autant économique qu'écologique. Mais au fond, c'est la même chose, puisque ce deux crises sont intimement liées à la destruction des ressources énergétiques.

Comment faire ? C'est là que ça devient un peu plus compliqué.

Je ne vais pas résumer toute la démonstration de Rifkin, qui prend un millier de pages et se poursuit dans un autre ouvrage, plus connu, "La troisième révolution industrielle", mais voici en quelques lignes les conclusions qu'il en tire :

Je rappele que Jérémie Rifkin est un des économistes et prospectivistes les plus écoutés de notre époque. Il a été notamment conseiller de la commission européenne, du parlement européen, d'Angela Merkel et de José Luis Zapatero. Il divise, mais ce n'est pas un illuminé ni un naïf. Il est surtout optimiste. A une époque où le pessimisme est encore considéré comme un gage d'intelligence et de lucidité, sinon un snobisme paresseux, opposer une figure optimiste est devenu un vrai challenge intellectuel. La posture optimiste, qui est la seule viable en ces temps bouchés, nous force à développer une réflexion plus complexe, qui tient compte de paramètres de plus en plus mouvants, à dégager de nouvelles lignes de forces dans le chaos apparent et à penser "out of the box".

Rifkin : pour 2013, osons l'optimisme !

Pour Jeremy Rifkin, nous devons passer à une troisième révolution industrielle.

Ce n'est pas gagné, parce que pour qu'il y ait une révolution industrielle, il faut "la conjonction d'une révolution de l'énergie et d'une révolution des communications". Nous sommes en plein dans la seconde, mais nous restons coincés dans notre vieux modèle énergétique.

Les Sumériens, premiers à créer un système complexe d'agriculture hydraulique pour irriguer et distribuer les céréales, mais aussi premiers à créer le premier système d'écriture.

Au début des temps modernes, la révolution des communications est arrivée avec l'invention de l'imprimerie en 1436. "Mais il faudra attendre l'invention de la machine à vapeur par James Watt en 1769 pour que son impact économique soit complet. La convergence de l'imprimerie avec le charbon, la veneur et le rail, a crée la première révolution industrielle."

La seconde est facile a identifier : la convergence des formes de communication électriques (téléphone, radio, télévision…) et de l'avènement du pétrole, de l'automobile et des produits manufacturés.

Nous sommes au seuil de la troisième, mais elle est incomplète. Et, on l'a vu, il peut se passer plusieurs siècles pour que la convergence s'opère. Combien de temps nous faudra-t-il ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, c'est que le temps nous manque. La planète est dévastée, et nous n'avons presque plus de pétrole, nous en consommons plus que nous en extrayons (3 barils pour un découvert), et le pic de production est en train d'être atteint, s'il ne l'a pas déjà été.

Nous sommes déjà passés, avec Internet, à une nouvelle révolution des communications. Par voie de conséquence, l'entropie est donc à son comble, et elle s'accélère. Il faudrait donc changer de modèle énergétique (et donc social, économiqueet politique) si nous ne voulons pas nous effondrer. Pour Rifkin, la pénurie des ressources pétrolières (dont la disponibilité détermine le coût des transports et des biens manufacturés) est en grande partie à l'origine de la crise que nous vivons. "Chaque nouvel effort pour retrouver l'élan économique de la décennie passée va s'épuiser aux alentours de 159 dollars le baril. Cette terrible alternance des débuts de croissance et des effondrements, c'est la fin de partie."

Pour éviter la fin de partie, Rifkin préconise un changement de modèle énergétique. Il évoque la mise en place un "Internet de l'énergie". En gros : l'application du système distribué d'Internet à la production et la distribution de l'énergie. C'est assez bien expliqué par Hubert Guillaud. Il y a d'ailleurs déjà eu plusieurs expérience intéressantes menées en Europe (lire une déclaration du Parlement européen dans ce sens) et en France (par exemple dans le Nord-Pas-de-Calais). Mais on ne peut pas dire que la révolution avance à grands pas. Pas sûr qu'elle soit réaliste, non plus. En tout cas pas à ce stade.

D'ici là, un peu d'optimisme ne nous fera pas de mal en 2013.

Au lieu de parler tout le temps de crise, de dette insurmontable et d'impôt insupportable, de l'incompétence des politiques et du "c'était mieux avant", au lieu de s'écharper pour savoir s'il faut quitter la France où "tout va mal" et où "tout le monde est con" pour une herbe plus verte ailleurs, nous pouvons déjà essayer d'assimiler les nouvelles règles du jeu en France, au Brésil peu importe, le jeu est devenu global et local.

Nous pouvons, comme le préconise le futurologue Joël de Rosnay dans son dernier livre "Surfer la vie", dépasser la crise par l'adaptation de l'individu et de l'entreprise à ce nouvel écosystème entropique .

L'économie et donc l'entreprise en croissance (cette dernière pouvant être comprise comme un individu) sera celle qui aura intégré ce nouveau paradigme social, complexe et distribué :

- Une société "fluide" qui "favorise la gestion participative des environnements et des systèmes complexes, fait voler en éclat le principe de concurrence et la culture du secret.

- Une remise en cause du principe de précaution, qui empêche d'avancer, à celui "d'attrition", c'est à dire à notre capacité de mesurer les risques afin de les prendre en toute connaissance de cause.

Bref : augmenter notre capital empathique dans notre rapport au monde et aux autres en fluidifiant et en assainissant les échanges, passer du rapport de force au rapport de flux, s'adapter par l'écoute et la prise de risque à un monde en perpétuel changement, s'entraider, être transparent, travailler en réseau, co-créer, collaborer plutôt qu'écraser le concurrent, vendre un produit pour aider et pas seulement pour s'enrichir, s'enrichir mutuellement...

C'est la clé d'un développement vertueux du monde moderne et de notre monde personnel ou entrepreunarial. Peut-être pas la solution dans ce monde construit comme un jeu de dominos, mais un début d'optimisme, indispensable pour mettre un peu de bonheur et de dynamique positive dans nos initiatives. Bonne année 2013 !

Photo : BR

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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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