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Les médias doivent-ils (mais surtout peuvent-ils) aller sur Snapchat ?

Le réseau social embauche des journalistes pour créer des contenus et se transformer en média. D'aucuns annoncent une petite révolution à venir. Faut-il s'y mettre et, surtout, comment ? Pas simple.

Découvrir Snapchat c'est d'abord 3 minutes de sourcils froncés, 2mn de grimaces bizarres, 5 minutes à chercher des fonctionnalités qui n'existent pas, et 3 autres à chercher à qui envoyer sa photo moche avec des dessins faits avec les doigts. Snapchat c'est d'abord l'interface la moins intuitive du monde, qui fait dire aux "vieux" qui font du jeunisme comme un moyen d'exorciser leur difficulté à évoluer, que "c'est normal que tu comprennes pas, t'es pas jeune". En réalité, l'application est effectivement utilisée par 70% des moins de 35 ans. Mais s'ils savent l'utiliser ce n'est pas parce qu'ils ont des super pouvoirs de jeunes, c'est parce qu'un ami leur a expliqué. Pas parce que c'est intuitif. Si vous ne savez pas utiliser Snapchat, trouvez vous des amis snapchaters. Après ça ira mieux.

Ceci posé, si tout le monde parle de Snapchat en ce moment c'est parce la jeune start-up vient de recruter un journaliste de CNN pour produire du contenu vidéo, et semble vouloir embaucher d'autres producteurs de contenus en vue notamment de l'élection présidentielle aux Etats-Unis en 2016.

Les médias doivent-ils (mais surtout peuvent-ils) aller sur Snapchat ?

Du coup, tout le monde dans le bouillonnant milieu des Internets des médias et des marques s'est mis à télécharger (ou à re-télécharger) l'application pour essayer de comprendre comment tirer parti de nouveau réseau social que tous les jeunes s'arrachent. Sauf que... c'est compliqué.

Tout d'abord, Snapchat n'est pas un vraiment un réseau social, enfin pas complètement. Ce n'est pas encore comparable à Vine, par exemple, qui est la plateforme qui lui ressemble le plus. Snapchat, ce sont des photos et des vidéos que vous envoyez à vos amis, un peu comme WhatsApp, individuellement. Des contenus qui disparaissent une fois regardés par le destinataire. On peut ajouter des amis, mais pas comme sur Twitter. Il n'y a pas d'avatar, pas de bio, pas de vrai moteur de recherche. Si vous n'avez pas le bon pseudo, vous ne trouverez pas votre ami. Et Snapchat ne fait aucun effort pour suggérer votre compte aux autres utilisateurs. Ils vous connaissent, ou pas.

En fait, pour que d'autres amis que ceux que vous avez dans votre répertoire vous ajoutent sur Snapachat, il faut leur montrer cette image, qu'ils vont scanner depuis l'application.

Les médias doivent-ils (mais surtout peuvent-ils) aller sur Snapchat ?

Tout ça semble un peu désespérant. Sauf que ça a un peu changé depuis que Snapchat a commencé à s'interroger sur son modèle économique. Les messages en one-to-one, c'est bien, mais ça ne permet pas de construire de la richesse. Snapchat a donc décidé de devenir un média. Comme Facebook et Twitter avant lui. En allant chercher les créateurs de contenus et en leur donnant des outils pour viraliser leur production.

La start-up a donc lancé en début d'année une nouvelle fonctionnalité : les Stories. Ces Stories permettent de construire des compilations de contenus et de les publier pour tous vos abonnés.

La bonne nouvelle, c'est que ces stories sont désormais plus visionnées que les snap eux-mêmes. Plus d'un milliard de vues par jour contre 500 millions pour les snap individuels. Certains live mis en avant par Snapchat, qui compilent les contributions de tous les utilisateurs, ont même fait plus de 30M de vues.

Il y a donc matière à expérimenter pour les médias. Mashable l'a fait pendant un an, et le raconte ici. Le problème, c'est que ce que vous faites sur Snapchat reste sur Snapchat, et ne vous ramènera aucun trafic. Il faudra donc penser à d'autres moyens de monétisation, notamment en pensant service (le simple fait que vous soyez capables de générer de l'audience sur un contenu devrait intéresser les marques). Cela vaut donc le coup d'investir un peu.

Mais quel type de contenu poster sur Snapchat à part des photos et des vidéos avec des dessins dessus ? Eh bien, des photos et des vidéos avec des dessins dessus. Snapchat, c'est un format différent, une façon différente de produire des contenus. Tout d'abord, la vidéo est prise à l'horizontale. Et les usages en cours sur le site en font un réceptacle idéal pour des contenus de type "ambiance" ou "coulisses", de 3 ou 20 secondes. Par exemple lors d'un festival ou d'un meeting. Et il faut publier souvent, parce que les stories disparaissent après 24 heures.

(Toi aussi développe ta créativité débordante avec Snapchat)

(Toi aussi développe ta créativité débordante avec Snapchat)

Le New York Times pense que la prochaine élection sera celle de Snapchat, comme elle a été celle de Buzzfeed et de Twitter les années précédentes. A voir. En tout cas, ça vaut le coup de commencer à s'y mettre. Et à expérimenter. En attendant, vous pouvez aller voir ce que font les nouveaux "influenceurs" sur Snapchat. La suite, il faudra l'inventer.

Quant à Discover, l'espace expérimental lancé par Snapchat il y a quelques mois, qui affiche une sélection de contenus produit par des chaînes,ça ne prend pas encore.

Snapchat n'est pas encore une télé, mais ça commence à prendre de plus en plus de place dans le quotidien des moins de 25 ans (46% de l'audience). Mais aussi de la génération Y (les 25-35 ans, qui constituent 26% des utilisateurs).

Avant qu'un autre challenger prenne sa place.

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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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