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Ludovic Blecher, du Fonds Google d'aide à la presse : non non, les pure-players n'ont pas le monopole de l'innovation

Je ne me suis pas beaucoup exprimé sur l'annonce des premières dotations du Fonds pour l'Innovation numérique de la presse, monté par Google et l'AIPG (l'association de la presse d'information politique et générale). D'abord parce que je connais la plupart des bénéficiaires et que j'ai travaillé pour quelques uns d'entre-eux. Ensuite parce que le directeur du Fonds, Ludovic Blecher, est un ami. Et que donc je sais qu'il y aura toujours un esprit chagrin pour me rappeler que bon, untel est mon ami, l'autre mon client ou pire, n'est pas encore un client et que donc je suis sympa parce que... bref. De toute façon, je suis sympa avec tout le monde. Et je trouve néanmoins intéressant d'entendre la position de Ludovic, ancien patron du digital à Libé, sur la petite polémique sur les réseaux sociaux qui a suivi l'annonce des heureux lauréats, il y a quinze jours.

Résumons : 16,3M d'euros alloués en 2013, ça fait beaucoup d'argent. L'opération ayant mené à la création de ce fonds étant éminemment politique, on pouvait être certain que la répartition de la cagnotte allait être regardée de près.

Par exemple, certains ont vite noté que le média qui avait reçu la plus grosse enveloppe était le Nouvel Observateur, dont la co-présidente est également la présidente du fonds (entre-temps, Nathalie Collin a quitté le nouvel Obs).

Ensuite, que 90% des fonds avaient été captés par la "presse historique", les "pure players" ramassant les miettes. Sachant que les plus gros éditeurs ayant reçu le plus d'allocations sont également ceux qui reçoivent le plus d'aides de l'Etat. Plusieurs millions d'euros, auxquels s'ajoutent les millions de Google.

Ludovic Blecher, du Fonds Google d'aide à la presse : non non, les pure-players n'ont pas le monopole de l'innovation

Quand on regarde la répartition des dotations, on se rend compte que l'essentiel des fonds va aux grands titres de presse. C'est du favoritisme pour récompenser ceux qui ont mené le bras de fer pour la création de ce fonds ?

Ludovic Blecher : "Il n'y a pas de récompense. Ce n'est pas comme ça qu'on a envisagé les choses. D'abord, il faut savoir que sur les 20M€ de budget pour cette année, nous n'en avons alloué que 16,3M. Il y a donc eu un vrai choix.

"Ensuite, il faut regarder le nombre de projets retenus pour chaque groupe. La Presse Quotidienne Nationale a eu 5 projets, la Presse Quotidienne Régionale 6 projets, et les Pure Players 5 projets. Tout le monde est donc au même niveau.

Oui, mais les sommes ne sont pas les mêmes...

"C'est vrai, mais c'est logique. Ce qu'il faut comprendre tout d'abord c'est que quand on dit que 16,3M d'euros ont été alloués, cela ne veut pas dire que cet argent sera versé comme ça. Il dépend de la réalisation du projet et de son financement. Le fonds participe à hauteur de 60% maximum du budget total du projet. Le média doit donc assurer a minima 40% du financement. Donc, naturellement, plus on est un gros éditeur, plus on a de fonds propres, plus on peut aller chercher de l'argent. Aucun pure player n'est venu avec un projet à 2M d'€.

"Si l'on ramène à la taille de l'éditeur, on se rend compte que les sommes allouées sont très importantes pour les pure-players. Par exemple pour le Figaro, le montant alloué (1,8M€ pour un projet TV) correspond à peu près à 3000€ par journaliste. Pour un pure-player comme "Contexte" (qui a reçu 441K€), cela fait 44K€ par journaliste. Le fonds va permettre à des pure-players de réaliser des projets qu'ils auraient eu énormément de mal à faire autrement.

Donc si 90% des éditeurs historiques raflent les allocations, c'est normal vu la taille qu'ils représentent ?

"D'abord ce n'est pas juste de dire 90% d'éditeurs historiques. Qu'est-ce que ça veut dire ? Et est-ce que ce sont les pure-players qui ont le monopole de l'innovation ? Prends Charlie Hebdo : c'est peut-être de la presse historique, ou pas, je ne sais pas. Ce que je sais c'est que c'est un acteur qui est absent du digital et qui, grâce au fonds, va lancer une application innovante et participative où ils vont permettre aux lecteurs d'envoyer leurs caricatures. Idem pour "Jeune Afrique" : acteur historique ? Je ne sais pas. C'est un petit média, et ils vont créer une banque de revente de contenus sur l'Afrique. C'est très intéressant. Et ce sont des niveaux importants pour des petits médias.

Ton regard sur le cru 2013 ? Est-il assez disruptif ?

"On sent qu'il y a vraie volonté de trouver des solutions, oui. J'ai senti aussi une vraie dynamique venue d'une partie de la PQR. Après, on pourrait aller plus loin, aller chercher un peu plus dans les coins, faire des choses qui surprennent, c'est sûr. Mais pour cette première année, on retrouve de grandes tendances structurantes : la création de nouveaux formats pour mobile, l'exploitation des datas pour mieux cibler son audience, et la vidéo. Et aussi la recherche de nouveaux modèles d'affaires.

Répartition des allocations 2013 du Fonds pour l'innovation numérique de la Presse.
Répartition des allocations 2013 du Fonds pour l'innovation numérique de la Presse.

Répartition des allocations 2013 du Fonds pour l'innovation numérique de la Presse.

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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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