la vie, les internets... et trendsboard

@benoitraphael

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Comment éviter le "batonnage" de dépêches

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En écrivant ce petit billet ce matin, je ne m'attendais pas à avoir autant de retours, de re-tweets, et de débat. Tant mieux. C'était fait pour.

Preuve qu'avec un billet écrit et publié en 20mn qui propose un peu de fond et d'analyse, ça marche. Et ça fait avancer les choses.

Pour ceux qui ont raté l'épisode précédent, voici le post en question :

Parmi mes détracteurs, certains m'ont dit : tu ne peux pas baser ta stratégie de croissance sur les réseaux sociaux, ces derniers ne pèsent que marginalement dans les résultats. En France, oui. Aux Etats-Unis, les médias qui progressent le plus ont axé leur stratégie sur les réseaux sociaux. Buzzfeed est passé de 40M à 80M de visiteurs uniques en un an. Upworthy (dont je parle ici), qui est né il y a 14 mois seulement, fait aujourd'hui 40M de visiteurs uniques, exclusivement sur les réseaux sociaux. Si les médias français n'y arrivent pas, c'est qu'ils ne savent pas vraiment faire.

Et Buzzfeed est rentable.

La clé, d'ailleurs, c'est aussi la régie pub. Tant que les régies ne s'organiseront pas pour sortir du display (c'est à dire les bannières que l'on colle sur les pages vues, qui font de moins en moins de clics et rapportent de moins en moins d'argent) on n'y arrivera pas.

Le critère du trafic n'est plus le seul critère pour gagner de l'argent avec les marques. La qualité de la communauté que l'on est capable de rassembler compte de plus en plus. Demandez aux marques ce qu'elles en pensent.

Encore faut-il être en mesure de monétiser cette communauté. Certains y arrivent très bien. Et tout le monde, aux Etats-Unis notamment, est d'accord pour dire que le levier de croissance est là (au delà de l'offre payante).

Attention, ne je dis pas qu'il ne faut pas faire de chaud, qu'il ne faut pas réagir rapidement, et qu'il faut se passer des agences de presse. Je dis qu'il faut le faire différemment. Dire qu'il faut écrire vite n'est pas un critère valable pour justifier le batonnage des dépêches. J'ai écrit le billet de ce matin en 20mn. Je n'ai pas fait de batonnage. J'ai juste fait une analyse rapide, j'ai donné du sens, j'ai ouvert un débat.

J'ai donné des chiffres dans mon précédent billet. Je vais les préciser. En analysant en profondeur les chiffres d'un média d'informations, j'avais fait la découverte suivante :

  1. Dépêches : 0,4% du trafic global (2,7% du top 150 de mai) versus 30% de la production
  2. Articles non signés : 2,5% du trafic global (14,2% du top) versus 30% de la production.
  3. A titre d'exemple un des journalistes de la rédaction fait 1,9% du trafic global (10,8% du top de mai) contre 3,9% de la production.
  4. En moyenne, un article signé fait 4254 PV versus 1410 pour les non signés et 297 pour les dépêches.

Action : il faut réduire le nombre de dépêches trop peu rentables et augmenter le nombre d'articles signés (analyses & opinions, exclusifs, listes/diapo).

A titre indicatif, si on remplaçait chaque mois 100 articles avec dépêches (soit 200 au lieu de 300 aujourd'hui) par 30 signés on obtiendrait en théorie un trafic de 127.000 contre 28.000 PV de perte soit une augmentation du trafic de 100.000 PV.

Comment traiter le chaud en apportant de la valeur ajoutée ? Un bon exemple de traitement anglé de l'actualité est Business Insider. Ils ont mis en place des formats très anglés, tout prêts, à disposition des journalistes pour traiter le chaud (par contre, ils ne se sont pas affranchis de la volumétrie comme UpWorthy).

Ça demande d'avoir des journalistes qui ont un peu de bouteille. Qui sont un minimum spécialisés. Et qui sont un peu créatifs. Et qui connaissent leurs communautés (par exemple en utilisant Trendsboard !)

Le traitement chaud de l'actualité, ce n'est pas forcément un poste pour de jeunes journalistes débutants et forçats (même si certains sont bons, créatifs, et capables d'analyse). C'est un poste clé : celui de donner du sens et d'inscrire la ligne éditoriale (donc la valeur ajoutée) du média.

Autre média à succès qui s'est affranchi du batonnage : Quartz (qz.com). Des contenus de fond (pas de traitement chaud par contre). Plutôt cher à produire. Mais bientôt rentable. Avec une stratégie publicitaire innovante.

Après, si vous êtes un "vieux" média, bien installé sur le Net, le passage à une nouvelle stratégie est plus compliqué à faire. Il faut avancer de façon équilibrée et pragmatique. Ce qui est certain c'est que si vous deviez lancer un nouveau média, vous n'appuierez pas votre stratégie sur le batonnage des dépêches. Dont acte. C'est une question de transition, qui doit impliquer tous les services, régie publicitaire comprise.

(Article écrit en 15mn)

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jcdrpro 22/10/2013

Vous êtes gentils tous et bien sur que nous souscrivons, même nous les plus anciens, au contenu de ton billet Raphaël. Maintenant quand tu es seul toute la journée pour faire tourner le site de ton média et qu'il faut le remplir et le teaser sur les réseaux sociaux, tu la fais quand et comment ta valeur ajoutée ?...

Benoît 22/10/2013

N'est-il pas un peu délicat de prendre exemple sur des sites américains qui fondent la croissance de leur audience sur les communautés ? Grosso modo il y a 250 millions d'internautes aux US, donc il est forcément plus facile de fédérer une communauté avec une taille suffisante pour devenir rentable avec un site média. D'autant qu'un site média en langue anglaise est également lu hors de son marché domestique. Est-ce réellement réplicable sur un marché comme la France qui compte 50 millions d'internautes dont environ 30-35 millions d'utilisateurs de réseaux sociaux et qui ne sera pas lu hors de France (ou marginalement dans les pays francophones) ?

Sabe 23/10/2013

Ma proposition est sans doute très naïve, mais j’aimerais avoir votre retour à ce sujet: pourquoi ne pas différencier clairement pour les lecteurs / spectateurs les dépêches d’agence (qui nourrissent leur désir croissant d’être au courant "de tout" le plus rapidement possible) et les articles de fond, qui viennent éclairer, mettre en perspective, et/ou compléter les faits de ces dépêches?
En tant que lectrice/spectatrice, je me sens aujourd’hui noyée sous les informations (vous parliez d'hypnose), tout en regrettant de n’en avoir qu’une perception très limitée. C’est assez regrettable à dire, mais je trouve souvent plus d’intérêt à lire le shanghaidaily (soumis à la censure politique chinoise!) pour les nouvelles économiques et politiques internationales que la presse écrite et bien sûr télévisée française (ceci n’est pas une apologie pour le SHD, j’en perçois les limites). Aussi, je lis moins d’articles sur le site de la bbc, peut-être moins accrocheurs? mais j’ai remarqué que les articles y sont en général plus longs (plusieurs pages parfois), et forts d’une analyse des enjeux que je ne trouve pas dans la presse française: l’information y est très souvent parcellaire quand elle n’est pas limitée (je pense à la couverture des printemps arabes par exemple), soumise parfois à une auto-censure idéologique? contribuant à un effet de fouillis, de flou généralisé, une avalanche de détails qui cache la structure - je suis au courant de l’actualité, mais je ne la comprends pas. Comment en tant que citoyen faire un choix éclairé (voter, manifester, débattre..)? Ai-je tort de me reposer uniquement sur la presse quotidienne, dois-je également et nécessairement compléter par le visionnage de documentaires, la lecture de livres-essais?

Dop 28/10/2013

Et si les articles se multiplient, il y aura moins de trafic par article.

N'est ce pas la rareté de l'article de fond qui fait son succès statistiques ?

Cyril Palan 29/10/2013

Analyse lucide et très à propos

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