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Il n'y a pas d'influenceurs

Hier matin, j'ai reçu une chaussette qui parle. Elle criait mon nom avec une voix stupide. Alors je me suis dit : pourquoi je reçois ça ? Et puis j'ai compris, le colis était libellé au nom (à l'ancien nom en fait) de mon blog. Il y avait des autocollants avec un slogan (que je n'ai pas compris) (ni même de quel produit il s'agissait). Je n'ai pas trop l'habitude. Je ne suis pas une blogueuse mode. Mais je crois qu'on m'a pris pour un influenceur.

Ce matin, j'étais invité à une table ronde. Il y avait une agence qui vendait un produit qui permet aux marques d'identifier les influenceurs pour savoir à qui envoyer son message. "Mais ATTENTION", précisait son représentant, "un influenceur n'est pas influenceur sur tout. Une blogueuse mode n'est pas influenceur sur la high-tech par exemple".

Finalement, il n'y a pas grand chose qui a changé dans les relations presse depuis l'invention des Internets. On est toujours à la recherche de quelqu'un à qui envoyer sa chaussette parlante.

Le thème de la conférence, d'ailleurs, c'était : "Les media traditionnels sont-ils toujours les acteurs de référence dans la formation des opinions ?" En gros : mais où sont donc passés les influenceurs ?

Il y a quelques jours, mon camarade "influenceur", Vinvin, alias Cyril de Lasteyrie, a eu cette phrase magique :

"Il n'y a pas d'influenceurs, il n'y a que des conversations influentes, dont nous sommes parfois les maillons"

Vinvin

J'aurais adoré reprendre cette phrase à mon compte, si cette satanée Netiquette ne nous imposait pas de citer nos sources quand on s'inspire des bonnes idées des autres pour briller sur les réseaux sociaux.

Il n'y a bien que les attachés de presse (et leurs amis les journalistes) pour chercher encore le média chez l'émetteur. C'est d'ailleurs pour ça que les journalistes se sont autant opposés aux blogueurs. En mode Independance Day. Aliens contre humains, blogueurs contre journalistes. C'était la guerre de l'influence. De celui qui allait éclairer ce pauvre peuple qu'on appelle "les gens" dans le jargon journalistique, des humains qui nous ressemblent mais qui sont juste un peu moins intelligents. Je me demande même si ce ne sont pas les journalistes qui ont inventé le hashtag #lesgens.

Il n'y a plus d'influenceurs, il n'y a que des conversations influentes, comme il n'y a que des conversations intelligentes, dont nous sommes parfois les maillons. C'est ça Internet.

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Que plutôt que d'aller chercher le média chez l'influenceur, média, blogueur ou Twittos, on le trouve dans la conversation. Le média c'est le message. L'influenceur, c'est nous. Et nous sommes moins la recherche de référents que de messages qui nous parlent, qui nous ressemblent, et dont nous pouvons contribuer à l'enrichissement ou à la viralisation. Il y a évidemment des relais plus puissants que d'autres, mais ce ne sont pas forcément les mêmes. Et cette position change aussi en fonction du contexte, des personnes à qui l'on parle, et quand.

Le média est devenu une matière relationnelle que l'on se partage. Et cette matière nous permet de grandir, de nous rencontrer, de faire avancer le débat. Ou de l'engluer. Et ce qui est important, ce n'est pas tant d'identifier les influenceurs, que de comprendre l'écosystème qui a nourri ce message et dans lequel il évolue et se transforme.

De la même manière, il n'y a pas de masse influenceuse. Ecouter #lesgens, comme disent les journalistes, ce n'est pas suivre la tendance, c'est juste être plus à l'écoute de cet écosystème. Comprendre les centres d'intérêt d'une communauté, comprendre comment l'information circule et comment elle s'enrichit ou évolue au fil des conversations.

Avant il y avait des journalistes face aux "gens". Maintenant il n'y a plus que des gens, parmi lesquels il y a des journalistes.

Et que doivent faire ces journalistes ? Apporter de l'information sans se préoccuper de ces conversations ? Ce n'est pas parce qu'une information est influente qu'il faut la suivre. Il faut surtout la comprendre. Comprendre ses mécanismes. Pour adapter son propre message, donner de la valeur ajoutée à l'information que l'on a récoltée, et toucher plus facilement cet écosystème auquel on parle. Mais surtout pour améliorer sa connaissance. Il n'y a pas d'information brute à délivrer. Il n'y a que des messages vivants.

C'est d'ailleurs l'objet principal des recherches que nous menons, chez Trendsboard (hop, un peu de pub) : comprendre les centres d'intérêt des communautés sur Internet, comprendre les maillons de ces conversations, comprendre les connecteurs, parfois éphémère, "là au bon moment au bon endroit"... comprendre l'écosystème de l'information. C'est ce que je trouve passionnant aujourd'hui. Dans un univers de l'information qui s'est considérablement enrichi depuis l'arrivée d'Internet, l'important c'est de comprendre cette matière nouvelle qu'est devenu le message comme un véhicule qui ne peut plus être indépendant de l'environnement dans lequel il évolue.

Et si en plus ça pouvait m'éviter de recevoir des chaussettes qui parlent...

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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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