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Alors que Rémy Pflimlin annonce dans le Figaro sa volonté de donner la priorité au numérique, plusieurs modèles de télévision du futur semblent s’affronter aujourd’hui.
Rémy Pflimlin: “Nous devons entrer dans l’univers des réseaux sociaux, mais aussi être capables d’assumer en direct sur la Toile de grands événements à l’exemple de ce qui a été fait cette année sur les grands événements sportifs. Enfin, nous sommes en avance sur le développement des télévisions connectées tant pour définir la norme que pour proposer une offre de contenus interactifs accessibles à tous.”
Ce n’est qu’un point de départ, dans un voyage qui, on le comprend à la lecture de l’interview, se déchire déjà en plusieurs chemins.
Se déchire ou s’assemble.
Quel sera le vrai visage de la télévision dans quelques années ? Et quelles conséquences en terme de distribution et d’organisation ?
Quelques pistes :
1) La télévision connectée : A lire également dans le Figaro ce matin (édition papier seulement) l’union sacrée des chaînes de télé françaises (TF1, M6) et allemandes (ZDF, RTL…) autour de la télévision connectée et de la nouvelle norme HbbTV (Hybrid Broadcast Broadband TV). Ce standard permet de connecter sa télévision sur Internet et d’éviter aux téléspectateurs de jongler entre leur ordinateur et leur télé pour avoir accès aux bonus ou à l’interactivité. Ils pourront voir, revoir, payer pour les contenus, voter, jouer… Bref, la fusion de l’écran familial et du Net.
2) De l’autre côté, la fragmentation: une génération digitale et mobile qui regarde toujours les programmes de télévision mais de moins en moins devant son téléviseur. De plus en plus sur l’écran d’ordinateur, en consommant plusieurs médias en même temps.
3) TV connectée ou multi-écrans, la télé de demain, c’est la télé partout, et Internet dans tous les écrans.
Une télévision partout, à tout moment, qui n’est plus forcément un flux, sauf pour le direct. “Vous n’aurez pas 50 chaînes, 500 chaînes, mais des millions de chaînes”, prévoit le patron de Business Insider, Henry Blodget, qui envisage une révolution aussi violente que celle qui a bouleversé l’écosystème de la presse écrite : “Vous serez capable de voir tout ce que vous voulez, en direct ou enregistré, où vous voudrez: TV, ordinateur, écran mobile, vous aurez juste un brancher un tuyau (Internet) sur une boîte (écran), et regarder.”
Sur tous ces terrains, les télévisions ne sont plus seules, même si elles essaient de maîtriser la fragmentation (surtout les droits d’auteur et le paiement…) avec des systèmes comme “TV Everywhere“.
Les nouveaux maîtres de la télévision s’appellent désormais Google, Apple, Microsoft ou Hulu.
Et Google est déjà prêt pour la TV connectée. Installé sur votre téléviseur, Google TV vous permettra de rechercher vos programmes favoris, de programmer un enregistrement, ou de trouver une rediffusion, de mettre un show dans vos favoris…
De son côté, Apple prévoit une nouvelle version de son Apple TV (qui était un échec). (Mise à jour: L’annonce a été faite le 01/09) Quoi qu’il en soit, Apple est déjà présent sur le marché la “cacth-up tv”, via iTunes, où il est possible de voir et revoir des quelques shows tv.
Microsoft apporte déjà la TV connectée avec sa XBox. Sur le XBox live, on peut regarder des shows TV, mais aussi jouer à des jeux tv virtuels en direct.
Demain, c’est l’écran qui s’adaptera au programme, pas l’inverse. Et le programme sera complètement fragmenté, avec des millions de télé-diffuseurs potentiels, pro ou amateurs.
La TV de demain, c’est la connection du meilleur de deux technologies:
- des écrans HD de plus en plus grands ou, au contraire, des écrans de plus en plus mobiles et de qualité comme l’iPad.
- l’Internet ! (et pas le “web”)
La télévision, demain, s’appelera “Digivision”, car il ne s’agira plus de diffuser un flux pour un téléviseur. Il s’agira de produire et de faire vivre des programmes vidéos stockés ou des flux live pour l’Internet. Et ce sera le rôle des moteurs de recherche et des réseaux sociaux de vous aider à les retrouver et les partager sur tous vos écrans, sans rupture (je commence sur mon plasma, je finis sur mon mobile).
Demain, il n’y aura plus que des écrans, il n’y aura plus d’interface, vous serez l’interface, la télécommande de vos multiples écrans. Peut-être n’y aura-t-il plus d’écran, ou que, en tout cas, toute surface pourra servir d’écran.
Peu importe.
L’important, et donc le coeur du business, c’est que tout sera digitalisé sur le réseau, c’est à dire sur Internet. Et que ces flux et ces données vidéos vivront partout où vous serez. En concurrence avec des millions d’autres programmes.
Ce qui signifie, pour les journalistes TV, que le digispectateur ne sera plus captif, qu’il passera d’un sujet à un autre instantanément. Et que nous aurons besoin de filtres, de prescripteurs, autant que de producteurs. Oui, comme pour la presse écrite.
Êtes vous prêts ?
Tags: futur, google tv, Rémy Pflimlin, télévision, télévision connectée, vidéo
Félicitations pour cette très belle synthèse.Les pistes évoquées sont toutes pertinentes et les enjeux clairement posées.
En revanche, si je puis me permettre, vous auriez pu insister sur les incertitudes qui pèsent encore sur cette TV du futur, “Digivision”. Elles sont perceptibles dans votre billet mais auraient mérités un développement à part. La bataille ne fait que commencer et s’annonce homérique. Les géants Apple et Google entendent bouleverser l’écosystème mais leurs modèles sont différents. Les autres acteurs, diffuseurs, géants du câble et du satellite n’entendent pas baisser les bras. Les contenus seront en effet au coeur du combat mais la question des droits et du modèle économique pertinent n’est pas encore tranché.
Autre problème d’importance, la capacité des tuyaux. Qui financera les nouvelles infrastructures nécessaires etc.
Et tant d’autres questions encore.
Bref “la messe n’est pas dite” et il n’y a pour l’heure que deux certitudes : les contenus audiovisuels, numérisés, sortent de l’écran traditionnel pour internet. Le poids de la idéo sera croissant ; L’écosystème sera bouleversé avec des gagnants et des perdants.
Bravo pour votre article.
Intéressante analyse, mais en partie trop “geeko-technologique”.
Quelques précisions supplémentaires, en contribution au débat :
- la “télé connectée” est en réalité aujourd’hui juste une fenêtre vers la catch-up. Si cela a démarré en IP (Arte la pratique comme TF1 depuis un an), c’est tout simplement parce-que ces droits étaient déjà disponibles dans les catalogues des diffuseurs, et que les manufacturiers ont trouvé là une parade aux opérateurs et distributeurs qui commençaient à prendre trop d’influence sur le marché. En terme d’ergonomie, et d’usage, on est effectivement aujourd’hui à l’age de pierre, mais cela ouvre pas mal de possibilités, surtout avec l’adoption d’un standard unique
- pour ma part, à titre personnel, je ne crois pas à l’avènement de la délinéarisation comme pratique dominante. Je pense que l’intérêt majeur du broadcast est justement la capacité à s’adresser à un public le plus nombreux possible au même moment. C’est la force de prescription de la télévision qui fait sa force : il y a une appétence qui ne changera pas pour la passivité, et aussi quelques avantages. Le spectateur n’a pas envie, fondamentalement, de devenir un expert actif. Quand vous allez au resto, ce n’est pas pour faire la cuisine. J’en veux pour preuve les combats qui se mènent aujourd’hui pour les positions sur les canaux : avoir le canal 8 est mieux que le canal 9 ou 24…. Je pense qu’il y a un niveau d’effort binaire qui ne sera jamais fourni par le commun des mortels, et que la force du média broadcast reste justement dans le fait qu’il soit non interactif. Dans les 5 ans qui viennent, je prend le pari que la télé va perdre peut-etre 10 mn par jour au grand max. Par contre, l’enjeu pour les chaines sera de regagner une partie de ces minutes (ou de ses revenus) sur leurs offres de complément (catch-up, VOD, meta-données sur les programmes, services, interactivité) sur le web ou le mobile.
- vous pouvez vaporiser les données comme bon vous semble, mais vous ne pouvez pas vaporiser à l’infini les structures économiques. Un diffuseur, ce n’est pas uniquement un canal occupé sur un satelite, c’est aussi une capacité à concevoir, financer et distribuer des programmes. C’est une mécanique administrative pour négocier, détenir, amortir (voir le débat avec FT/TrésorPublic) des droits. La notion de marque -comme pour la presse écrite, que tu prends en exemple – va perdurer. D’autres part, il y a une impossibilité physique et économique à tour soumettre à la captation… Il y aura toujours une rareté sur les images !!! (alors que sur les batonnages de dépeches, non)
- le parallèle avec la presse écrite à un limite : le format lui-même. la video est un format linéaire qui ne se browse pas comme un article en texte, même si vous l’indexez, et ajoutez des verrues sémantiques. Il suppose un abandon -ou un transaction gracieuse – de confiance par l’utilisateur qui accepte de concéder de l’attention au média. Tout ne peut pas se réduire à de la Breaking news. Les télés transmettent autre chose : les évènements, les oeuvres, ce qui n’est pas le cas de la presse écrite qui n’a que le commentaire ou la description pour coller à la réalité. C’est pourquoi le contexte a son importance, la notion de tiers de confiance est certes à réinventer, mais je ne crois pas qu’on s’oriente vers un marché complétement vaporisé.
- sur les questions d’écran, je pense que tes prévisions sont correctes. Les usages vont progresser pour permettre des consommations différentes (enfin !). Mais là où je diverge, c’est que je pense que cela va n’avoir que peu d’influence sur les contenus et les modèles économiques eux-même, ou même les modèles de prescriptions. Attention : je ne dis pas que rien ne va changer ! Pour la rattrapage, les longues traines, les multi-caméras, les archives, oui, mais sur le principal, peu. Rappelons nous que si Twitter a changé des choses pour la presse écrite, c’est surtout pour les journalistes. Et la télé est un média de masse, pas de niche. Les cycles d’innovation se heurtent à pas mal de contraintes, dont la première tient à la promesse originelle -grégaire – de l’universel et de la passivité…
Bon, ceci ne sont que quelques prévisions, à débattre plus bas si le coeur t’en dit (depuis que je n’ai plus de blog, je squatte ceux des autres
A propos du commentaire de Joel Ronez :
TV connectée en effet aujourd’hui dominée par la catch-up mais nous n’en sommes qu’aux prémices et les nouveaux services se développeront rapidement.
Je ne pense pas que délinéarisation signifie en effet mort complète du broadcast dont vous résumez avec brio les atouts. Pour autant il n’y a pas d’incompatibilité. On peut regarder en direct, tous ensemble sur le canapé une grande messe (sport ou autres évènements) mais sur une une tv connectée qui ouvre donc d’autre possibilités (interactions, services supplémentaires etc).
La tv est un média de masse mais internet aussi.
Si la façon de consommation change cela impactera forcément les contenus.
La video enfin est certes un format particulier qui demande de l’attention de la part du public mais là encore tout dépend du contenu. Une oeuvre d’auteur ne peut certes pas s’envisager comme une interview de 4′ mais il y a de la place pour les deux (et tant d’autres) dans la délinéarisation.
Cordialement
J’ai hâte!
@ Joël: Être geeko-technologique c’est s’intéresser aux outils plus qu’aux usages. Ce qui n’est pas mon cas. Les usages : ceux de la nouvelle génération, dont la “passivité” que tu décris n’est pas la même que celle des générations précédentes.
Prends un exemple. Les séries TV, l’une des plus grosses audiences de la télévision.
Comment les consomme-t-elle ? Sur Internet. En catch-up, en téléchargement, en streaming… Ce qui ne l’empêche pas de se rassembler autour de la première d’une nouvelle saison, d’un épisode important, pour pouvoir en parler avec ses amis.
Et c’est là d’ailleurs l’un des gros enjeux de la télévision broadcast de demain: parvenir à recréer l’événement dans ces flux et ces contenus fragmentés.
Je ne dis pas que la télé va disparaître, mais qu’elle va se retrouver au coeur d’un cyclone, puis à sa périphérie (où ça secoue beaucoup plus…). Il y aura de nouveaux acteurs.
Regarder la télé sans avoir à réfléchir ? Et si c’était mes amis qui me proposaient un programme tout fait à partager ensemble via Facebook ?
Qui proposera demain le meilleur service vidéo ? C’est la question qu’il faut se poser.
Le “il y aura toujours des gens pour…” ne fonctionne pas longtemps. Il n’y a pas toujours eu la télévision. C’est un usage encore récent. Avec la télécommande, on a déjà donné un bon coup de pied dans la fourmilière de cette “miraculeuse” passivité. Même si c’est vrai qu’avec l’explosion de l’offre sur le câble, la bataille pour les premiers canaux est farouche et profite encore aux N°1. Comme partout.
Mais le jour où l’on trouvera le moyen de contourner la forteresse, les choses commenceront à bouger. Il suffit d’une étincelle pour provoquer le tipping point.
Regarde comme Apple, sans avoir prévenu, est en train de faire tomber Sony et Nintendo sur le jeu vidéo, avec l’iPad et l’iPhone.
Merci pour cet article intéressant et les différents commentaires
jJe trouve qu’il y a un facteur clé dans les usages dont vous ne parlez pas assez selon moi: l’âge.
L’âge du téléspectateur, et l’âge du non ( ou moins) téléspectateur.
Quand on voit l’âge moyen des audiences TV que ce soit sur Arte, FTV, TF1 ou M6, on se dit que les autres usages moins classiques dont vous parlez vont exploser très prochainement.
Quand on voit que les gens au fort pouvoir d’achat ( même âgés) consomment plus “d’autres media” que de la TV, on ne peut que se dire que le délinéarisé a un bel avenir.
Et dans les annonces du jour d’Apple, la nouvelle la plus révolutionnaire ce n’est surement pas l’apple TV, mais peut être Ping.
Imaginons un ping, pour la musique, la vidéo et les news, avec un moteur de recommandation sémantique et social….
Demain.
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