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Quelques traits de lumière issus de la leçon inaugurale de l’école de journalisme de Sciences-Po Paris, donnée ce jeudi matin par Jay Rosen.
(Pour ceux qui ne le connaissent pas, Jay Rosen enseigne le journalisme à la NY University, est l’auteur du blog “Press Think” et est à l’origine d’un certain nombre d’expérimentations dans le domaine du journalisme participatif, News Assigment et l’opération “Off the bus” pour le Huffington Post.)
- Nous sommes passés d’une logique d’audience (passive et isolée) à une logique de public (compris comme une place publique, dont les citoyens sont actifs et parlent entre eux).
- Le pouvoir a changé de mains.
- Les gens se détournent des mass médias pour se tourner les uns vers les autres.
- Quand vous considérez les gens comme une masse, vous les réduisez à l’état de formule. Quand vous voyez les gens comme un “public”, vous leur fabriquez des infos qu’ils vont pouvoir utiliser (pour s’informer, pour agir…). Ils deviennent utilisateurs.
- Les journalistes ne trouvent pas des infos pour des lecteurs, ils fabriquent des informations pour des utilisateurs (“users”)
- Les utilisateurs (vus comme un réseau) en savent plus que vous. La question est: comment toute cette connaissance peut m’aider à mieux faire mon travail de journaliste ?
- Le journalisme est désormais une relation mutuelle avec des gens qui étaient considérés auparavant comme une audience (“the people formely known as an audience“).
- Le problème c’est que la plupart de vos professeurs (ici à l’école de journalisme) ne savent rien de ce changement de pouvoir. Vous devrez donc apprendre par vous-même !
- Ce n’est pas parce que les gens peuvent participer à l’information qu’ils le font. 90% se contentent de lire. 10% participent. Seulement 1% sont vraiment actifs.
- Etre journaliste ce n’est pas faire partie d’une classe. Ce n’est pas comme être un neurochirurgien ou un pilote de boeing. Vous n’avez pas besoin d’un permis pour ça. Ce n’est pas exclusif. Le journaliste est juste un cas plus intense de citoyen informé. Les gens vous écouteront parce que vous leur apporterez quelque chose qu’ils ne savent pas (et qui leur est utile) pas parce que vous êtes journaliste est habilité à apporter des informations. Tout le monde peut le faire. Le journaliste en fait son métier.
- Vous devez écouter les besoins des gens, mais si vous ne leur donnez que ce qu’ils veulent, ou que ce que vous voulez, vous perdrez votre autorité. Vous devez également donner aux gens ce qu’ils ne savent pas qu’ils veulent.
- Les gens adorent commenter l’info. Avant de considérer les commentaires, la participation, comme un chaos ou une distraction, dites vous d’abord que la possibilité de commenter leur donne une nouvelle soif d’information.
- Le journaliste n’est pas objectif. Affirmer le contraire ne convainc personne et ne mène qu’à la perte de confiance et de respect envers la profession. Le journaliste doit dire la vérité, mais il doit surtout dire qui il est et d’où il vient, il doit dire “voici ma perspective” sur cette info.
- Pour de nombreux événements, il y aura toujours des gens capables d’en parler mieux que les journalistes. Vous devez vous y habituer. Le témoignage citoyen est une part du journalisme d’aujourd’hui. Par contre, il y aura toujours besoin de collecter et de trier.
- Le tri est une autre valeur que le journaliste peut apporter.
- Il n’y aura jamais trop d’informations, mais un problème de filtrage.
- Il y aura toujours de plus en plus de contenus, vous ne pourrez pas l’empêcher. Les gens continueront de bloguer, d’envoyer des photos et des vidéos. Au lieu de nous plaindre, inventons des outils pour gérer le flux.
- Sur le datajournalisme : le rôle du journalisme est de rendre les données disponibles sur Internet facile à utiliser.
- La crise des business models est une crise de la publicité :
1) Crise de la rareté: de plus en plus de pages sur Internet, de plus en plus d’espace pour la pub, donc des tarifs de plus en plus bas.
2) Les annonceurs ne sont pas dans le business de la pub. Leur métier ce n’est pas d’annoncer mais de vendre leurs produits. C’est pour ça que le search (comme Google Ads), il améliore l’efficacité de la pub pour vendre un produit.
- La solution ? “Je ne vois pas de solution à la crise publicitaire. Nous devons trouver de nouvelles sources de revenus.”
MAJ : Extrait en vidéo de la conférence chez Alice Antheaume et un résumé un peu plus structuré que le mien chez Eric Scherrer.
Tags: jay rosen, journalisme, Média participatif
Jay a une longueur d’avance!
Merci Benoit pour le compte rendu
[...] [NB: Eric Scherer, directeur de la stratégie à l'AFP et intervenant à l'Ecole de journalisme de Sciences Po, a aussi fait un compte-rendu sur son blog AFP-Médiawatch, ainsi que Benoît Raphaël, sur son site la Social Newsroom] [...]
merci Benoit! je suis tellement d’accord avec presque tout! cela fait du bien de le lire si clair, surtout cette idée: “Le journaliste n’est pas objectif. Affirmer le contraire ne convainc personne et ne mène qu’à la perte de confiance et de respect envers la profession. Le journaliste doit dire la vérité, mais il doit surtout dire qui il est et d’où il vient, il doit dire “voici ma perspective” sur cette info.”
salut de buenos aires, argentine
Totalement d’accord avec ce monsieur. Si l’on veut se rapprocher des “utilisateurs”, il va falloir mieux les connaitre, et leur parler presque individuellement. D’où la pertinence du traitement de l’info hyperlocale. Sauf que, on en revient toujours aux mêmes choses, tout cela prend beaucoup plus de temps que la production d’info “à l’ancienne”.
Inventer de nouvelles sources de revenus, soit. Cela passera par une nouvelle forme de sites (plutôt des appli) dont les éditeurs pourront maitriser la mise en forme, les usages et le contenu pub. L’asphyxie des sites web est inéluctable dans un environnement beaucoup trop ouvert, trop transparent dans lequel il est possible de s’affranchir de tout ce qui est perçu comme de la pollution éditoriale, c’est au final, la question de la survie du pluralisme. Et l’avenir de nos emplois.
Sciences Po Paris a été bien inspirée sur le coup. Les autres écoles de journalisme en France, feraient bien de sensibiliser leurs élèves à cette donnée clé. Les jobs de demain, seront moins nombreux (et sans doute moins bien payés).
Il me semble que l’avenir réside dans un partage de l’information, plus fragmentée encore, plus socio-localisée. Une info considérée par certains comme étant “de seconde zone”. Cela n’empêche pas d’innover dans la manière de traiter ce type de “stories”, comme disent les ricains. Enfin, c’est pour moi une des voies à explorer, mais vous en voyez certainement d’autres.
[...] Par contre, Naughton n’explique pas comment le journalisme doit se réinventer pour embrasser cette révolution. Jay Rosen a plus de pistes. [...]
[...] pour reprendre la leçon du professeur de journalisme Jay Rosen : “Il n’y aura jamais trop d’informations. Il n’y a qu’un problème [...]
[...] state of viewers to the active one of co-creators of the TV experience – coincidentally Jay Rosen was in France recently to talk about the transformation of newspaper readers into information users. As for all the [...]