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Internet des objets : retour vers le futur

Je reviens d'une visite passionnante chez l'ami Michel Levy-Provençal, ex Rue 89 et France 24, et co-fondateur de Joshfire. Cela faisait quelques mois que je me demandais ce qu'il fabriquait concrètement derrière son slogan accrocheur "the change factory" ("la fabrique du changement") assaisonné d'une poignée de formules aussi alléchantes qu'abstraites que sont "l'Internet des objets" ou les plateformes connectées multi-écrans. Je suis donc passé le voir à Opéra, dans les locaux qu'il partage avec MySkreen (start-up dirigée par un autre ami visionnaire : Frédéric Sitterlé). Je me suis assis dans son canapé "connecté", et Michel m'a fait une démonstration. Joshfire est une start-up qui fait dans la recherche et développement. C'est moins rentable au démarrage, mais beaucoup plus stimulant. Son business, c'est donc l'innovation. Parfois même la science-fiction. Mais Michel a une vision du réseau, et il voit souvent juste, parfois loin, trop loin. Il fait partie de ce que Guy Kawasaki, ex-Apple, appelle ceux qui attrapent le "virage d'après". Les locaux de Joshfire, derrière leur vernis design, font penser au laboratoire du professeur Emmet Brown dans Retour vers le futur. On y croise des vieilles coques de postes de radio, une télévision HD, un capteur Kinect, des boîtes en carton, un miroir tactile ou encore des puces électroniques posées sur des étagères design. Et une machine à voyager dans le temps. Joshfire fait un peu tout ça. L'agence se déploie autour de deux activités : La première est plus facile à comprendre pour le commun des mortels, enfin, pour le commun des mortels qui a un peu suivi les révolutions technologiques apportées par le mobile et le réseau. Elle concerne la "continuité des écrans". Il s'agit d'un "framework, c'est à dire une boîte à outils destinés aux développeurs, qui permet de créer des sites et des applications s'adaptant à tous les écrans possibles et imaginables : télévision connectée (via la Google TV par exemple), iPhone, Android, tablettes, sites web... Ainsi Joshfire a-t-il inventé pour France 24 des chaînes thématiques en continu qui se contentent d'agréger des flux de la chaîne d'infos, qui ont été préalablement indexés (France, économie, Moyen Orient, ou un type d'émission), et qui permet au téléspectateur de regarder une chaîne personnalisée en cliquant sur des icônes à l'écran. La même plateforme peut être disponible sur tablette ou téléphone sans avoir à redévelopper l'ensemble. La seconde est beaucoup plus fascinante et, pour le coup, illustrerait parfaitement la formule "retour vers le futur" : une avancée vers la science-fiction en même temps qu'un retour aux supports physiques. Première démonstration : équipé d'une puce, qui pourrait être placée dans mes vêtements, ma télécommande, une clef... je m'assoie sur un canapé connecté. Le canapé reconnait ma puce et affiche automatiquement sur ma télévision un programme personnalisé. Si quelqu'un d'autre s'assoit, l'écran change automatiquement. Joshfire travaille pour "MySkreen" (un moteur de recherche vidéo, dont le fondateur est également actionnaire de l'agence) à une "social TV" qui permettra d'apporter de la contextualisation et du réseau social aux programmes qui vous seront proposés sur votre téléviseur via la GoogleTV. Deuxième démonstration : un miroir magique. Imaginez vous dans votre salle de bains devant votre miroir. Sur la glace s'affichent des icônes, un peu comme sur un iPhone : vous y retrouvez par exemple votre radio favorite en direct, ainsi que toutes vos émissions préférées ou le dernier journal que vous pouvez ré-écouter en "catch-up" (c'est à dire individuellement en différé). On peut aussi imaginer des applications pratiques comme la météo, des recettes de cuisine ou de beauté, un agenda... Le miroir est en fait connecté à Internet et diffuse les podcasts des émissions. [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=cNyJEzUXf3Q[/youtube] Troisième démonstration, plus amusante : Joshfire a reconstitué un faux boîtier radio qu'il peut mettre par exemple aux couleurs de Radio France (un des clients de l'agence). Sur ce boîtier, on peut brancher des cartouches en carton qui correspondent soit à des programmes précis, soit à des thématiques qui vous intéressent. En branchant cette cartouche sur le boîtier, ce dernier se connecte à Internet et diffuse la dernière version du programme, ou un flux thématique. Pour une personne âgée, c'est une façon plus évidente de lire un podcast : pas besoin de brancher d'iPod ou d'ordinateur. L'Internet se fait objet du quotidien. C'est aussi une bonne piste pour des objets publicitaires. Quel intérêt ? C'est simplement plus naturel. Je me souviens avoir dit ça dans une vidéo il y a 2 ou 3 ans (à 8mn) : la disparition progressive des interfaces pour retrouver les gestes du quotidien. En 2011, le mouvement se précise. Pourquoi le système Kinect de la console XBox de Microsoft a-t-il eu autant de succès ? Parce qu'il fait disparaître la manette de jeu, vous jouez au tennis avec les gestes naturels de votre corps, captés grâce à un système de caméras. L'Internet des objets, c'est l'évolution naturelle de l'Internet, qu'il faut cesser de voir comme une plateforme mais un écosystème. Le meilleur exemple est celui de la photo. Après être passé par la dématérialisation totale (la photo numérique qui a remplacé la photo argentique), excitante parce que plus instantanée, mais contraignante pour celui qui a dû mal se projeter dans l'abstraction imposée par les interfaces informatiques (le clavier, la souris, l'écran...), les données sont destinées être rematérialisées sur tous les supports possibles et imaginables : papier, cadres numériques, mugs, livres à composer soi même. Ceux qui ont su franchir le pas ont développé considérablement leur business. Les autres sont morts. L'Internet des objets suit le même processus. Grâce aux nouvelles technologies, les données dématérialisées sont en train de réinvestir les objets du quotidien. On a coutume de dire que ce n'est pas la surface de l'objet qui produit la couleur, mais la lumière qui s'y réfléchit. De la même manière les objets ordinaires vont prendre de nouvelles fonctionnalités, extraordinaires, évolutives, sociales, parce qu'ils seront désormais connectés. La réflexion vaut aussi pour les médias : pour survivre, il faut préalablement passer par la digitalisation totale de l'activité et des flux d'information. Ce n'est qu'ensuite les données peuvent se matérialiser sur n'importe quel support, sur des temporalités différentes (écran, feuille plastique ou de papier) afin de retrouver de la rareté dans le flux dématérialisé de l'informationl, indispensable pour bâtir un modèle économique. Plus facile d'acheter un objet, un bel objet, que de l'immatériel. "A l’heure du Web, des smartphones, des tablettes et télé-connectées", constate Michel sur son blog, "des contenus de toute sorte et de toutes origines nous parviennent sans aucune incarnation: textes, images, sons, peu importe le support, la relation d’antan, le rapport charnel au média sont définitivement perdus." Résultat : "La disparition de la relation physique au média a généré l’une des plus importantes crises que l’économie du contenu ait connu au profit d’une nouvelle économie, qui peine encore à trouver ses modèles : celle de la diffusion sur Internet. "Simultanément, un phénomène étonnant opère : à l’heure de la digitalisation massive, les créateurs d’interfaces conçoivent leurs applications comme autant d’avatars des supports physiques originels. Ils recréent des interfaces tactiles répondant aux lois de la physique ou surfent sur la nostalgie en imitant le rendu des dispositifs vintage…" "L'iPhone jour le rôle du couteau suisse dématérialisé avec ses milliers d'applications, mais quand on cuisine on a aussi besoin de couteaux différents". Imaginez ce que vous pourriez faire si chaque application pouvait être un objet ? Ce n'est pas de la réalité augmentée, mais de la réalité extirpée du virtuel, de la réalité connectée.
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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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