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Twitter, nouveau média historique ?

Faut-il parler de printemps Twitter ? Lundi soir, les journalistes qui n'étaient pas encore acquis à la cause, ont enfin compris le pouvoir de Twitter : son utilité pratique, sa puissance face aux agences de presse et aux journaux. Ce matin Capucine Cousin (Twitter 1 - TV 0, immédiateté, émotion, approximations) et Erwann Gaucher ("Mai 2011: le mois où les médias ont basculé ?") reviennent sur leurs blogs respectifs sur ces quelques jours de mai qui ont été une sorte de printemps des réseaux sociaux : avant cela, les révolutions arabes, bien sûr, mais aussi la mort d'Oussama Ben Laden avec ces deux messages Twitter (tweets) qui ont précédé l'intervention des journalistes. Et ce week-end, après l'annonce de l'arrestation de DSK, cette image des journalistes des chaînes de BFM-TV, l'oeil rivé à leur smartphone pour suivre les derniers événements sur Twitter. Et, comme une apothéose, la couverture de l'audition de Dominique Strauss-Khan devant le tribunal de New-York, lundi soir, durant laquelle les tweets arrivaient plus vite que les dépêches d'agence. L'un deux, François Dufour, fondateur de Playbac (les quotidiens pour enfants), a gagné plusieurs milliers d'abonnés en live-tweetant l'audience avec son téléphone mobile depuis l'intérieur du tribunal. Traitement journalistique autant que témoignage. Passionnant. J'étais dans les locaux de BFM et de RMC lundi soir, Twitter était sur toutes les lèvres. "Un choc pour les journalistes", me confiait l'un d'eux. Une "révélation" surtout, pour ceux qui n'étaient pas encore convaincus. Révélation, consécration, que faut-il en penser ? Twitter plus fort que la télé et les journaux réunis ? L'amalgame est facile. Avant de jeter la presse traditionnelle aux poubelles pour la jeter en pâture aux gourous des réseaux sociaux, relativisons : Tout d'abord, il y une chose que je retiens de ce rôle joué par Twitter dans la couverture des récents événements mondiaux : comparer Twitter à un média est un exercice risqué. Je l'ai souvent apparenté à un bistrot, mais c'est plus complexe. Twitter n'est pas un média au sens où nous l'entendons. Twitter est une plateforme qui permet la circulation en temps réel des informations et des conversations. Il donne une dimension nouvelle à l'information mais ne se substitue pas aux médias traditionnels : il s'insère dans le traitement de l'info comme outil de distribution (la couverture d'un événement) mais aussi comme source. Et il va plus loin que le bistrot parce qu'il sert de support à la diffusion de témoignages et de messages parfois historiques, mais aussi parce qu'il interconnecte les informations entre elles. Quand il est utilisé par le citoyen, Twitter est un outil de témoignage et de prise de parole puissant, à prendre avec des pincettes certes, incomplet évidemment, mais que les journalistes ne peuvent plus ignorer : - Le tweet de Janis Krums en août 2009, témoin du crash du boeing sur l'Hudson River est désormais un cas d'école. Rare à l'époque, mais annonciateur d'une révolution en cours. - Symbole de la cyber-révolte tunisienne, durant laquelle Twitter et Facebook ont servi d'échappatoire face à la censure, le blogueur et technophile Slim Amanou a annoncé sur Twitter sa nomination au secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports. - L'informaticien pakistanais Sohaib Athar tweete sans s'en rendre compte la raid des Navy Seals sur la demeure d'Oussama Ben Laden : - Plus tard, la mort d'Oussama est annoncée par un membre du staff de Donald Rumsfeld, bien avant l'annonce officielle : - Plus d'une heure avant l'article du New York Post, un étudiants français, proche de l'UMP, annonce : L'information est partiellement fausse et donnera lieu à une polémique durant toute la journée de dimanche, mais on se souviendra de ce tweet comme ayant été le premier à révéler l'affaire DSK. Dans la matinée de lundi, certaines personnalités politiques ont d'abord envoyé leurs déclarations sur Twitter : Mais au-delà de l'objet de curiosité ou de l'outil journalistique, Twitter s'est fait reflet de l'Histoire en mouvement. Il y a eu les photos historiques. Les Unes historiques. Les vidéos historiques. Il y a désormais les tweets historiques. Des phrases, lancées en plein coeur de l'événement, qui marquent le pas de l'Histoire. Bienvenue dans un nouveau monde, où l'entremêlement les informations, sources directes et traitement média, tisse la trame étrange du "storytelling" de l'humanité. J'en tire plusieurs leçons : Les médias doivent s'appuyer intelligemment sur ces outils pour s'insérer au mieux dans ce nouveau maillage de l'information. Ce n'est pas nouveau, mais il est toujours bon de le rappeler. Ils doivent aussi proposer une nouvelle lecture et une mise en scène de cette matière brute. J'ai suivi l'affaire DSK les yeux rivés sur les chaînes d'info, mon smartphone en main branché sur Twitter, surfant ponctuellement sur les sites Internet. Sur Twitter, j'avais vraiment du mal à trier le bon grain de l'ivraie, à éjecter les fausses informations et la gaudriole pour me concentrer sur la valeur ajoutée. Aucun média ne m'a proposé ce tri en temps réel. Si Twitter est un reflet de l'histoire (c'est l'objet d'ailleurs d'un projet universitaire), les journalistes, papier, web, télé ou radio, ne peuvent plus ignorer les réseaux sociaux comme source parfois première d'information. Ils ne doivent pas se contenter d'aller sur le terrain, ils doivent aller sur le terrain du réseau. Ils doivent apprendre à dompter cette mécanique imprévisible s'ils veulent rester en prise avec l'événement, s'ils veulent continuer à apporter de la clarté dans le nouvel écosystème de l'information. Une information qui n'est plus seulement martelée par les rendez-vous (le 20h, la Une du journal) mais tissée d'interconnections, dans le temps et les médias.
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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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