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JOURNAUX. "La Tribune vous salue bien"...chant du cygne ou du phénix ?

Un journal papier qui disparait c'est toujours un moment tragique : la fin d'un monde, l'intuition qu'une époque s'épuise. C'est aussi, plus concrètement, le départ de 70% des salariés, qui se sont retrouvés hier soir jetés sur le marché de l'emploi. La mort d'un journal papier, c'est toujours triste. C'est un symbole. Un lien social sans doute plus tangible qu'un site Internet pour toute une génération de lecteurs. Pour les plus jeunes, sa disparition passera sans doute presque inaperçue. Ils ont déjà tourné cette page là. La dernière Une de la Tribune porte cette émotion mais aussi cette angoisse du néant : un papier qui brûle. "La Tribune vous salue bien". On ne sait trop s'il s'agit d'un aurevoir. L'image, avec son panache sombre, ressemble plus à un adieu. Le papier qui meurt, c'est un peu comme un corps qui meurt. C'est déjà la mort, à en croire la plupart des chroniques qui relatent la fin du quotidien papier. Elles en parlent déjà au passé, évoquent la mort, la fin, le vide laissé comme une blessure dans le pluralisme de l'information. Y a-t-il une vie après le papier ? Oui. Et il le faut bien. Sinon c'est la démocratie qui s'effondre. Même s'il est vrai que la Tribune démarre sa nouvelle vie digitale avec beaucoup de handicaps : une rédaction réduite, un matelas financier très léger. Face au mastodonte des Echos, qui investit massivement sur le numérique, la Tribune s'apprête à réécrire l'histoire de David contre Goliath. Ce n'est pas un arrêt de mort. C'est un défi. Il y a un peu, beaucoup de surhumain dans cette guerre. Mais pas que des désavantages. 1) La Tribune est dos au mur. Une situation exceptionnelle qui va l'obliger à faire de vrais choix et à se concentrer sur le digital. 2) Le rachat par le tandem France Economie Régions (FER) et Hi-Media est sans doute la meilleure porte de sortie : un ancrage dans l'info économique locale et une expérience de la monétisation digitale. 3) L'avenir se conjuguera au mobile : la chance de repartir à zéro, c'est qu'on peut prendre le virage d'après. La cible de la nouvelle Tribune est certainement l'une des populations les mieux équipées en technologie nomade (mobile et tablettes). Ce monde là attend encore un média économique entièrement pensé pour la consommation mobile. La Tribune devra d'abord penser mobile, avant le web. 4) Ce nouveau média devra s'adapter à de nouveaux rythmes et formats, mais sans abandonner l'excellence journalistique. L'avenir c'est le contenu, avant le digital. C'est d'abord penser valeur ajoutée et valeur d'usage, engagement, analyse, qualité journalistique, communauté, liens (curation), et personnalisation. 5) Les modèles économiques sont encore fragiles, mais éprouvés, notamment aux Etats-Unis : hebdomadaire papier, services payants, publicité, opérations spéciales, événements, e-books... Quand la marque est forte et qu'elle fait autorité, il est plus facile de développer un business autour de sa bannière. Surtout en presse économique. Si le digital est pensé comme le coeur de la machine, il peut-être un puissant outil marketing. Alors quand je lis ces nombreux témoignages parler de la Tribune au passé, comme si le média était mort, j'ai envie de dire,- : "Pas encore". J'ai envie de voir dans les flammes implacables de cette dernière Une, celles du phénix. Et j'ai envie de citer René Daumal, dont j'ai découvert par hasard hier cette citation admirable retrouvée par Mathieu Terence : "Je suis mort parce que je n'ai pas le désir ; je n'ai pas le désir parce que je crois posséder ; je crois posséder parce que je n'essaie pas de donner ; essayant de donner, je vois que je n'ai rien ; voyant que je n'ai rien, j'essaie de me donner ; essayant de me donner, je vois que je ne suis rien ; voyant que je ne suis rien, j'essaie de devenir ; essayant de devenir, je vis". (Source : Petit éloge de la joie - Mathieu Terence - Folio) Magnifique programme !
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À propos

Benoît Raphaël

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, blogueur et entrepreneur. Il est à l'origine de nombreux médias à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l'Obs, Le Lab d'Europe 1. Benoît est également co-fondateur de Trendsboard et d'Imprudence.
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